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  • Dossier documentaire : Brest dans la Deuxième Guerre mondiale

    Par Didier Cariou, maitre de conférence HDR en didactique de l’histoire à Université de Bretagne Occidentale Ce dossier brestois a pour fonction de fournir un ensemble de documents avec lesquels il serait possible de construire des séquences autour de différents thèmes : l’Occupation, la violence de guerre, la résistance à Brest. Ces documents viennent principalement des ressources en ligne fournies par les archives municipales de Brest et les archives départementales du Finistère, très facilement accessibles (voir les liens sous chaque document). Le programme du cycle 3 propose à juste titre de partir des « traces » pour étudier la Deuxième guerre mondiale. Dans la région de Brest, ces traces sont toujours très présentes sous la forme de blockhaus et de bunkers, de rues portant le nom de résistants exécutés ou morts en déportation, de tombes de soldats dans le cimetière de Kerfautras. Les témoignages et les archives constituent également des traces utiles pour faire travailler les élèves. Le sort funeste de la ville de Brest, la violence des bombardements et des combats de la Libération, le sort réservé aux résistants permettent de travailler avec les élèves le concept de violence de guerre . Ce dossier est organisé en rubriques qui servent uniquement à le structurer. Chacun·e peut en faire ce qu’il ou elle souhaite. 1. Rapide présentation de la situation de Brest durant la Deuxième Guerre mondiale A l’issue de la Débâcle de l’armée française, les troupes allemandes parvinrent à Brest le 19 juin 1940. En vertu du traité d’armistice du 22 juin 1940, La région de Brest et tout le littoral constituèrent une zone interdite étroitement contrôlée par l’armée allemande, où l'on ne pouvait circuler que muni d'un laisser-passer. L’arsenal de Brest présentait un double intérêt pour l’armée allemande : il fournissait les infrastructures et la main d’œuvre qualifiée nécessaires à l’entretien et à la réparation des navires de la Kriegsmarine et il se situait à proximité de l’Angleterre. Depuis Brest, les sous-marins et surtout les croiseurs Scharnorst, Gneisenau et Prinz Eugen (présents à Brest durant toute l’année 1941) pouvaient harceler les convois maritime britanniques. C’est pourquoi, dès le mois de septembre 1940, les avions de la Royal Air Force (RAF) commencèrent à bombarder le port de Brest. Au départ, ces bombardements étaient peu nombreux et peu précis, ils s’amplifièrent progressivement avec l'apport américain. Ils remplissaient une double fonction : détruire les infrastructures de l’arsenal, faire fuir la population civile en bombardant la ville afin de réduire le volume de la main d’œuvre de l’arsenal. A partir de 1942, les populations civiles furent évacuées vers le centre de la France. Entre 1940 et 1944, Brest subit 165 bombardements qui firent plusieurs centaines de morts. Afin de protéger leurs sous-marins contre les bombardements, les Allemands construisirent à partir de 1941 une base sous-marine, sur le même modèle que celles de Lorient, Saint-Nazaire et La Rochelle. Cette base résista à tous les bombardements alliés. Seule des bombes de 5 tonnes lui occasionnèrent quelques dommages en 1944. Les Allemands construisirent également de nombreux blockhaus et bunkers, et firent de la région de Brest un élément fortifié essentiel du Mur de l’Atlantique. La construction de ces fortifications supposa l’emploi de main d’œuvre forcée à côté des ouvriers civils, et constitua une vraie manne financière pour les entreprises de bâtiment de la région. Durant l’Occupation, la population civile cohabita avec une forte garnison allemande. Comme l’arsenal constituait le principal employeur de la région, les ouvriers de l’arsenal furent employés au service de la machine de guerre allemande. Assez vite, apparemment, la population brestoise manifesta son hostilité à l’égard des occupants, comme l’indiquent certains articles de journaux du dossier. Certains Brestois s’engagèrent dans des réseaux de renseignement au service des Britanniques (pour cacher des aviateurs alliés, pour renseigner la RAF sur le mouvement des navires et des sous-marins dans le port de Brest, pour fournir le plan des fortifications de la ville, etc.), d’autres menèrent des actions de sabotage (coupure de câbles téléphoniques, sabotage de machines), des militants trotskistes s’efforcèrent d’établir des liens avec les travailleurs et les soldats allemands pour les appeler à la grève. Progressivement, les résistants brestois intégrèrent les mouvements de résistance nationaux. Mais la pratique la plus courante de résistance quotidienne dans l'arsenal consistait à « perdre » des outils ou des pièces essentielles à la réparation des navires. Plusieurs dizaines de résistants brestois furent fusillés ou déportés. On retient notamment les onze fusillés du groupe Elie en 1941, qui ont donné leur nom à la place de Onze-martyrs à Brest. A ce sujet, on consultera le site très précieux https://www.resistance-brest.net/ qui fournit une notice détaillée de plus d’un millier de résistants brestois et de leurs groupes de résistance. Lors du débarquement en Normandie, les Alliés rencontrèrent une très forte résistance de la part de l’armée allemande. Ce n’est qu’après avoir réalisé la percée d’Avranches (à l'ouest du Cotentin), le 30 juillet 1944, que l’armée américaine put progresser en Bretagne. Comme le port de Cherbourg avait été partiellement détruit, il lui fallait absolument se rendre maître de ports dotés d'infrastructures, tel que le port de Brest pouvant accueillir de gros navires américains de transport de troupes, de matériel et de ravitaillement. Le 7 août 1944, le 8e corps d’armée américaine commandé par le général Middleton, lui-même sous les ordres du général Patton, commença le siège de Brest. La ville était défendue par un impressionnant complexe de fortifications, depuis les forts entourant la ville jusqu’aux fortifications de la presqu’île de Crozon, et surtout par une division de parachutistes commandés par le général Ramcke qui avait l’ordre de mourir sur place. La bataille de Brest dura quarante-trois jours, du 7 août au 18 septembre 1944. Les combats furent acharnés et extrêmement violents. Comme les soldats allemands étaient retranchés dans les immeubles de la ville, il fallut conquérir la ville immeuble par immeuble. Les pertes américaines s'accroissant, les Américains décidèrent de détruire les immeubles les uns après les autres à l’aide de l’artillerie, de l’artillerie de marine (celle du cuirassé britannique HMS Warspite positionné au large de Portsall) et de l’aviation. Sur les 16 500 immeubles existants, 200 restaient debout après la bataille, et seulement quatre dans le centre-ville. Les pertes humaines furent très lourdes, près de 10 000 soldats américains et allemands perdirent la vie. 30 000 soldats allemands furent faits prisonniers. Bien entendu, le port de Brest avait été rendu totalement inutilisable par les combats et les bombardements. Deux vidéos postées sur YouTube permettent de se faire une idée de la dévastation de Brest lors de la Libération : Brest sous les bombes : https://www.youtube.com/watch?v=p1UD_dk3k3s Brest détruite en 1944 : https://www.youtube.com/watch?v=j5f62-DP5pc Au cours de la bataille, une tragédie toucha également la population civile. Environs 2 000 brestois étaient restés dans la ville, dont le maire Victor Eusen et des membres des services administratifs de la ville. La plupart s’était réfugiée dans l’abri Sadi-Carnot en compagnie de plusieurs centaines de soldats allemands. Dans la nuit du 8 au 9 septembre 1944, une explosion accidentelle des munitions stockées dans cet abri provoqua la mort de 371 Brestois, dont Victor Eusen, et de 500 à 600 soldats allemands. Échaudés par leur expérience brestoise, les Alliés évitèrent de renouveler la tentative de reconquête des ports de l'Atlantique. Ils se contentèrent d’assiéger les "poches" de Lorient, de Saint-Nazaire et de Royan, où se trouvaient également des bases sous-marines, en attendant la capitulation allemande. 2. L’installation des Allemands à Brest Document : Carte de la France occupée 1940-1944 Source : http://www.enseigner-histoire-shoah.org/outils-et-ressources/chronologie-et-cartes/cartes.html Source : Lars Hellwinkel (2022). La base navale allemand de Brest, 1940-1944 . PUR, p. 66. Document : Le croiseur lourd allemand Admiral Hipper dans un bassin de Laninon (arsenal de Brest) en 1941. Photo RAF. Archives municipales de Brest, 2Fi12227. Source : https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_DFPict/034/2Fi12227/ILUMP354 Document : Les cuirassés allemands Gneisenau (au centre) et Scharnhorst (à gauche) protégés par des filets de camouflage dans une forme de radoub de Laninon, en 1941 . Archives municipales de Brest 2Fi10505. Source : https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_DFPict/034/2Fi10505/ILUMP354 Document : Deux avions anglais Halifax bombardent les formes de radoub de Laninon en 1942 . Source : Archives municipales de Brest, 10Fi3316. https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_DFPict/034/10Fi3316/ILUMP26694 Document : Un sous marin allemand U65 amarré dans le bassin Tourville le 28 août 1940 (en haut à droite, la rue Pasteur). Archives municipales de Brest 12Fi2378. Source : https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_DFPict/034/12Fi2378/ILUMP21868 Document : Base des sous-marins allemands à Brest en construction, septembre 1941. Archives municipales de Brest 11Fi842. Source : https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_DFPict/034/11Fi842/ILUMP21868 Document : Base des sous-marins allemands à Brest, vue de marins sortant d’une alvéole. Archives municipales de Brest 11Fi843. Source : https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_DFPict/034/11Fi843/ILUMP21868 Document : Un témoignage sur la construction de la base sous-marine de Brest. (L’auteur est un ancien combattant républicains espagnol, réfugié en France lors de la défaite de la République espagnole et interné dès son arrivée dans le camp de Rivesaltes. En 1941, avec ses camarades, il fut transféré à Brest pour travailler en tant que détenu politique sur le chantier de la base sous-marine). Des heures plus tard, nous arrivons au terme de notre voyage : Brest, base navale française de la côte Atlantique, actuellement occupée par les nazis. Il est dix heures du soir, 29 juillet 1941 ; nous avons parcouru un total de 1496 km ; nous attendons dans les wagons jusqu’à minuit, et l’on nous ordonne de nous diriger vers la sortie de la gare où nous attendent les autocars qui nous conduisent à notre nouvelle résidence… Un camp de concentration, un autre camp, pour ne pas changer d’habitude. Il est situé au milieu d’un forêt de pins, le lieu paraît agréable ; on nous donne deux couvertures par tête et l’on nous montre nos baraques et nos lits respectifs ; ce sont des lits individuels superposés, avec une paillasse. Des Espagnols en provenance de Rivesaltes, nous ne somme que deux cents environs dans ce camp, les autres sont à Keroual, et ici c’est Sainte-Anne (…). Enfin vient l’heure d’aller travailler. Nous dînons et montons aussitôt dans les autobus qui, en une demi-heure, nous conduisent à destination. C’est le port de Brest, où d’énormes bases sous-marines sont en cours de construction ; c’est un travail gigantesque, il y a parait-il sept mille travailleurs de toutes nationalités ; il y a aussi quelques prisonniers de guerre mais très peu. La plupart sont des volontaires civils : beaucoup, beaucoup de Juifs (pas volontaires) qui viennent de l’Europe entière, surtout de l’Est (…). Ce sont les souffre-douleur des Allemands. Ces derniers leur confient les pires travaux et ils sont battus constamment, leur ration de nourriture est bien inférieure à la nôtre (…). L’œuvre qui, ici est en train d’être réalisée est plus qu’un chantier ; c’est une vision dantesque presque infernale, un bruit assourdissant de machines énormes qui ne s’arrêtent jamais ; il y en a des centaines de toutes sortes et de toutes catégories : à vapeur, essence, gas-oil, électriques et à compression… C’est quelques chose de gigantesque à un point inimaginable. La base sous-marine est une immense masse de fer et de béton ; des murs de dix mètres quasiment d’épaisseur, tout est construit à l’épreuve des bombes ; il y a un va-et-vient d’hommes comme je n’en ai jamais vu. J’ai la malchance de tomber dans l’une des pires équipes du chantier, dont le travail consiste à transporter sur les épaules des sacs de ciment de cinquante kilos douze heures consécutives, avec trente minutes de repose pour la soupe. Il est pratiquement impossible de s’arrêter une seule minute à cause des machines qui tournent nuit et jour et surtout, des Allemands qui surveillent constamment et n’autorisent pas une seule minute de repos : ils crient comme des bêtes et distribuent des coups et pieds et nous bousculent si ça ne tourne pas (...). (p. 126-129). Dans ce chantier si gigantesque, il est impossible de tout contrôler, surtout à cause des accidents du travail et des bombardements ; alors nous profitons de la nuit pour effectuer le maximum de sabotages… Nous savons que si on nous pince, les sanctions seront très graves, certainement la peine de mort, et ce n’est pas vraiment que nous voulions mourir mais nous pensons qu’il faut le faire, et si ce n’est pas nous, les Espagnols, personne ne le fera, car ils sont tous complètement terrifiés. Un des mauvais tours que nous préférons jouer, et qui cause d’énormes dommages, est le suivant : nous attendons une alerte aérienne, et quand tout le monde est dans les abris nous mettons en marche les machines, surtout les tracteurs et des locomotives ; une fois qu’elles sont en marche, nous filons à toute vitesse car les bombes tombent à foison de tous les cotés. Les machines s’écrasent les une contre les autres, certaines tombent directement à la mer, à une profondeur de près de dix mètres ; un autre sabotage facile et qui cause des dommages irréparables consiste à ouvrir les robinets d’eau et à diriger les tuyaux en caoutchouc vers les énormes tas de ciment : au contact de l’eau, les sacs en papier s’ouvrent et les tas s’affaissent, provoquant des dommages énorme et irréparables ; dans le meilleur des cas, les pertes se comptent en tonnes de ciment, c’est notre revanche sur les hitlériens. En même temps, les bombardements des Alliés commencent sérieusement à nous enquiquiner, ils ne nous laissent pas tranquilles un seul moment et, comme si ce n’était suffisant, les avions de chasse nous mitraillent aussi à basse altitude, causant de nombreuses victimes parmi les ouvriers et les prisonniers (p. 133-134). Extraits de : Ernest Urzainqui-Falcon (2010). Polvorientos caminos. Itinéraire européen d’un républicain espagnol (1936-1945) . Privat. Document : Un orchestre de l’armée allemande empruntant la rue de Siam . Archives municipales de Brest 2Fi11266. Source : https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_DFPict/034/2Fi11266/ILUMP21868 Document : Une colonne de soldats allemands armés montant la rue de Siam . Archives municipales de Brest 2Fi11828. Source : https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_DFPict/034/2Fi11828/ILUMP21868 Document : Brestois et soldats allemands sur le Pont national. Dans le fond, les ateliers des Capucins. 1941. Archives municipales de Brest, 12Fi2390. Source : https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_DFPict/034/12Fi2390/ILUMP21868 Document : Dessin d'une file d’attente devant la boucherie Perouas à Brest, juin 1942 . Archives municipales de Brest 12Fi2471. Source : https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_DFPict/034/12Fi2471/ILUMP21868 Document : Un témoignage sur les bombardements de Brest Dans ce temps [1940-1941], les Anglais ont effectué plus de cent bombardements. Ils cherchent à toucher les trois navires allemands Prinz Eugen , Scharnhorst et Gneisenau . Les Anglais ne sont pas encore riches et n’envoient pas de grosses escadrilles. Les Allemands ont une énorme DCA [Défense contre avions]. On dit que c’est la deuxième après Berlin. Dès l’alerte, les Allemands foncent dans les abris. Peu de Brestois vont dans les caves. Incroyable ! Mais beaucoup semblent convaincus que les bombes alliées ne peuvent tomber sur eux et se moquent des Allemands galopant au bunker. Ça leur passera vite. Bien entendu, personne ne reste dans la rue. Les éclats de DCA tombent comme de la pluie, très vite, les morceaux d’acier coupant. Puis, après un temps, les culots de duralumin. Tous les matins, on monte sur le toit retirer les morceaux de métal qui y sont plantés, puis on met du goudron. Mon frère avait commencé une collection d’éclats. Quand sa caisse fut pleine, il se lassa. . Tout le monde regarde l’avion pris dans les projecteurs et fait des vœux pour qu’il s’en tire. C’est encore un peu à l’échelle humaine. Trois ans plus tard, une radio alliée dira que des aviateurs américains voyaient Brest grande comme une pièce de monnaie. Avril ou mai. Alerte ! La famille est couchée. La DCA tire. Un grand éclair rouge. Les volets de ma chambre dégringolent. Tout le monde se lève en vitesse, sauf ma mère qui prie sur son lit devant le lustre de la chambre qui s’est décroché. Il n’y a pas d’autres dégâts dans la maison. Mon frère s’engage dans le jardin et tombe sur un grand trou, à vingt mètres de la maison. Source : André Calvès (1984). Sans bottes ni médailles. Un trotskyste breton dans la guerre. La Brèche, p. 53. Document : L’évocation du premier bombardement meurtrier sur Brest. La dépêche de Brest , 30 octobre 1940. Source : https://yroise.biblio.brest.fr/ark:/12148/bpt6k349515t/f1.item.zoom Document : L’évocation d’un bombardement sur Brest . La dépêche de Brest , 5 avril 1941. https://yroise.biblio.brest.fr/ark:/12148/bpt6k3496667/f1.item.r=Le%20Gorgeu.zoom Document : Bombes lancées par un bombardier anglais Lockheed Ventura sur les ateliers d’usinage des Capucins, vue prise par la RAF. 3 avril 1943. Photo Apwire. Archives municipales de Brest 2Fi12228. Source : https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_DFPict/034/2Fi12228/ILUMP21868 Document : Bombardement de Brest par une escadrille de B 26 "Marauders". Source : Archives municipales de Brest,2Fi02472. https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_DFPict/034/2Fi02472/ILUMP26694 3. Vers la résistance Document : extrait de La dépêche de Brest , 17 janvier 1941 Source : https://yroise.biblio.brest.fr/ark:/12148/bpt6k3495912/f2.item Document : Message du maire de Brest contre les inscriptions de la résistance , La dépêche de Brest, 1er avril 1941. Source: https://yroise.biblio.brest.fr/ark:/12148/bpt6k349662q/f2.item.zoom (Remarque : Victor Le Gorgeu n'était pas un collabo. Il fut démis de ses fonctions en 1942 et s'engagea aussitôt dans la résistance, à un haut niveau de responsabilité. Nous pouvons supposer que ces communiqués de presse lui étaient imposés par les autorités allemandes) Document: Interdiction de l’écoute de la radio anglaise. La dépêche de Brest , 31 octobre 1941. Cette interdiction signale vraisemblablement une écoute relativement courante de la BBC. Source : https://yroise.biblio.brest.fr/ark:/12148/bpt6k349848x/f1.image.zoom Document : Le journal trotskiste brestois La Bretagne rouge , août 1942. Source : Archives départementales du Finistère, cote : 208j_252_001-002-ad29 Document : Un récit de la réaction populaire à une réquisition de travailleurs de l’arsenal de Brest en octobre 1942 Octobre 1942. L’autorité allemande décide d’expédier sept cents ouvriers de l’Arsenal à Hambourg. Ils ne sont pas raflés par les policiers mais simplement convoqués. A cette époque, il n’y a pas de maquis. Il n’y a même pas l’idée d’une résistance massive. La majorité des Brestois écoute Londres, mais ça ne va pas plus loin. Nous rédigeons un tract, très vague quant aux perspectives. Seulement une dénonciation des déportations d’ouvriers et un appel à s’organiser. Nous glissons un millier de tracts dans les boites aux lettres. La foule est très grande ce soir-là à l’entrée de l’Arsenal. C’est là que les Allemands ont formé un train, pensant sûrement qu’ainsi ça se passerait mieux qu’à la gare. Les ouvriers convoqués arrivent par la rue Louis-Pasteur. Presque tous sont en famille. Certains ont bu et crient leur colère. La foule est silencieuse. Près de la porte de l’Arsenal, quelques marins allemands, assis sur le toit d’une baraque. En face un groupe de jeunes. Quelques flics français dans la foule. Il ne semble pas y avoir beaucoup d’absents à l’appel. Plus tard, on m’a dit qu’il y en avait tout de même eu une cinquantaine. Les portes de l’Arsenal se ferment. Le groupe de jeunes se met à crier : « A mort Laval ! » . Les marins allemands leur lancent deux paquets de cigarettes. Nouveau temps de silence. On entend le bruit de a locomotive. Puis l’Internationale s’élève du train. La foule se met à crier : « A mort Laval ! A mort Laval ! » (…). Maintenant, des milliers de personnes courent jusqu’au cours d’Ajot et descendent au port de commerce. Le train est déjà passé, mais on entend encore l’Internationale (…). Tout le monde remonte vers le château et on se sépare en deux colonnes. L’une se dirige vers Recouvrance, l’autre vers Saint-Martin. Nous sommes peut-être cinq à dix mille qui remontons la rue de Siam en chantant l’Internationale et la Jeune garde (…). Ce qui est sûr, c’est qu’à dater de ce jour, personne ne répondra aux convocations. Quand les Allemands voudront des travailleurs pour le Reich, ils devront les arrêter d’abord. L’idée qu’on est nombreux à vouloir résister est née à Brest ce soir-là. Source : André Calvès (1984). Sans bottes ni médailles. Un trotskyste breton dans la guerre . La Brèche, p. 66-67. Document : Avis de condamnation à mort et d'exécution d'André Gueziec, mai 1941. Archives du Finistère 200w97. Source: https://archives.finistere.fr/espace-de-recherche-dans-archives-publiques-posterieures-1940/seconde-guerre-mondiale Document : Évocation de la condamnation à mort d'Hervé Crenn de Landerneau , 8 janvier 1942. Archives départementales du Finistère, 200 W 26. Source : https://recherche.archives.finistere.fr/viewer/viewer/medias/collections/W/200W/200W026/FRAD029_200W_026_00325_01.jpg Document : Evocation d'un attentat contre des cables téléphoniques allemands à Lambezellec, le 13 mai 1942 . Source : Archives départementales du Finistère. 200w_70_08-ad29 Document : Affiche annonçant l’exécution de Jean Quémeneur, février 1941 . Archives municipales de Brest 6Fi2715. Source : https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_DFPict/034/6Fi2715/ILUMP354 Voir également la notice de Jean Quéméneur : https://www.resistance-brest.net/article4402.html Document : Affiche annonçant la condamnation et l’exécution des onze membres du groupe Élie de Brest, 10 décembre 1941. Document : carte élaborée par la résistance et destinée aux Anglais pour leur permettre de bombarder l'arsenal de Brest . 4. La bataille de Brest et la destruction de Brest Document : Un char d'assaut américain M18 tire avec son canon de 76 mm à bout portant dans une position allemande, rue Kerfautras à Brest . Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Sept_1944_brest_US_tank_m36_90707669.jpg#/media/File:2Fi05168.jpg Progression des fantassins américains de la 2e division d’infanterie à l’angle de la rue de la duchesse-Anne et de la rue Albert de Mun à Saint-Marc lors de l’assaut final, 14 septembre 1944 . US Army Photograph. Archives municipales de Brest 2Fi02468. Source : https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_DFPict/034/2Fi02468/ILUMP354 Document : Reddition des soldats allemands, place Wilson . Archives municipales de Brest 12Fi645 Source: https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_DFPict/034/12Fi645/ILUMP354 Document : Des soldats américains contemplent les ruines du Pont national dynamité par les Allemands . A l’arrière plan, la tour Tanguy et le quartier de Recouvrance. Archives municipales de Brest 2Fi02473. Source : https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_DFPict/034/2Fi02473/ILUMP21868 Document : Vue aérienne du centre de Brest, 19 septembre 1944 (en bas à gauche, la place du château). Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:12Fi701_-_LIBERATION_DE_BREST.jpg Document : Soldats américains devant les ruines de la place de la liberté, 1944 . Photo Ouest France. Archives municipales de Brest 2Fi02374. Source : https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_DFPict/034/2Fi02374/ILUMP354 Document : Bâtiment de la poste centrale de Brest, en haut de la rue de Siam, 1944 . Archives municipales de Brest 2Fi02657. Source : https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_DFPict/034/2Fi02657/ILUMP354 Document : Soldats américains dans les ruines de la rue de Lyon, 1944. Archives municipales de Brest 2Fi13645. Source : https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_DFPict/034/2Fi13645/ILUMP354 Document : Soldats américains posant place du château à Brest, 1944 . Archives municipales de Brest 2Fi02372. Source : https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_DFPict/034/2Fi02372/ILUMP354 Document : Soldat américain dans les ruines du quartier de l’octroi en septembre 1944. Archives municipales de Brest 2Fi02478. Source : https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_DFPict/034/2Fi02478/ILUMP354 Document : Deux soldats américains dans les ruines du quartier de l’octroi en haut de la rue Jean Jaurès . Archives municipales de Brest 2Fi13250. Source: https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_DFPict/034/2Fi13250/ILUMP354 Document : Vue du port de Brest fin 1944. Source : Brest France in 1944 : photoarchives.ca : Free Download, Borrow, and Streaming : Internet Archive Document : Vue du port de commerce de Brest, fin 1944. Source: Brest France in 1944 : photoarchives.ca : Free Download, Borrow, and Streaming : Internet Archive Document : Les vestiges de la corderie et des anciens bâtiments du bagne de Brest, 1944. 2WwiiDestructionNearBrestFrance194409. Source : https://ia600407.us.archive.org/7/items/BrestFranceIn1944/WwiiDestructionNearBrestFrance194409.jpg Document : Les vestiges de la corderie et du centre ville de Brest, fin 1944. A droite, la grande grue électrique . Brest France in 1944 : photoarchives.ca : Free Download, Borrow, and Streaming : Internet Archive Document : Le pont Albert Louppe en 1944. Source: Brest France in 1944 : photoarchives.ca : Free Download, Borrow, and Streaming : Internet Archive Document : Vue panoramique du centre ville de Brest en 1945 (au centre la rue Pasteur, à droite l’ancienne église Saint-Louis). Archives municipales de Brest 1Fi00211. Source : https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_DFPict/034/1Fi00211/ILUMP354 Document : Le déblaiement de la rue Pasteur en 1945. Sur le côté de la rue, les remblais constitués des matériaux des immeubles ruinés. Archives municipales de Brest 2Fi02560. Source : https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_DFPict/034/2Fi02560/ILUMP354

  • Sujet possible : L'haussmannisation / habiter un espace touristique

    Par Didier Cariou, maitre de conférences HDR en didactique de l'histoire, Université de Brest Épreuve écrite d’application Domaine histoire, géographie, enseignement moral et civique Épreuve notée sur 20 - Durée 3 h Composante histoire (12 points) 1. A l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous indiquerez les principaux savoirs à faire acquérir par des élèves de CM1 sur la question des transformations de Paris sous le Second Empire 2. Proposez le canevas d’une séquence sur les transformations de Paris sous le Second Empire en indiquant les documents que vous utiliseriez. Puis développez une des séances de cette séquence, en définissant les objectifs d’apprentissage, les savoirs et les compétences travaillés, en indiquant précisément quels documents issus du dossier documentaire vous utiliseriez dans cette séance. Vous détaillerez enfin l’exploitation pédagogique de l’un de ces documents. Composante géographie (8 points) 1. A partir du document 13, proposez une définition accessible à des élèves de CM1 du concept « habiter un espace touristique ». 2. Présentez des modalités d’utilisation en classe de CM1 des documents 14 et 15. Document 1 : Extrait du programme du cycle 3 (2020), classe de CM1 Document 2 : Extrait de : Gérard Noiriel, Une histoire populaire de la France. De la guerre de Cent Ans nos jours, Agone, deuxième édition, 2021, p. 359-360. Document 3 : vues de rues de vieux quartiers de Paris avant l’haussmannisation La rue des Marmousets , située dans l'île de la Cité, dans les années 1850, près de l' Hôtel-Dieu . La rue Tirechamp démolie au cours de l'extension de la rue de Rivoli . Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Transformations_de_Paris_sous_le_Second_Empire Document 4 : les transformations de Paris sous le Second Empire Source: Georges Duby (dir.). Atlas Historique , Larousse, 1978, p. 122. Document 5 : Le dégagement de l'Opéra de Paris . Démolition de la butte des Moulins qui s'étendait depuis l’Opérade Paris jusqu'au Louvre, en 1867, lors des travaux du baron Haussmann. Roger-Viollet. Source : https://www.paris.fr/pages/haussmann-l-homme-qui-a-transforme-paris-23091 Document 6 : Camille Pissarro, Avenue de l'Opéra, soleil, matinée d'hiver 1898, Musée des Beaux-Arts, Reims. Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Camille_Pissarro_-_Avenue_de_l’Opera_-_Musée_des_Beaux-Arts_Reims.jpg Document 7: la façade monumentale de la gare du Nord avec les statues symbolisant les principales destination du réseau Nord. Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Gare_du_Nord,_Paris_9_April_2014_013.jpg Document 8: Les Halles Baltard, Vue intérieure du pavillon central . BnF, Estampes et photographie, VA-229 (C)-FOL. Source : https://passerelles.essentiels.bnf.fr/fr/image/2e217be5-417e-4bd3-adbd-e19667d3c0e7-halles-baltard-2 Document 9 : Vue de l’aménagement du parc des Buttes-Chaumont en cours dans les années 1860 : le promontoire et le pont suspendu construit par Gustave Eiffel. Cliché Charles Marville. Source : https://www.paris.fr/pages/haussmann-et-marville-une-histoire-de-l-urbanisme-et-de-la-photographie-23455 Document 10 : Le parc des Buttes-Chaumont inauguré le 1er avril 1867 . Photographie des années 1890. Bibliothèque nationale de France. Source : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84470040/f34.item Document 11 : La nouvelle répartition sociale de la population parisienne à la fin du Second Empire Document 12 : Extrait du programme du cycle 3 (2020), classe de CM1 Document 13 : Extrait de : Mathis Stock, « Habiter comme « faire avec l’espace ». Réflexions à partir des théories de la pratique », Annales de géographie 2015/4 (n° 704), pages 424 à 441 . (…) Ces personnes regardent quelque chose. Que regardent-elles ? Elles regardent, depuis la vieille ville de Monaco, l’autre côté très important de ce lieu : le port, avec le très impressionnant et étonnant rassemblement d’immeubles, en remplissent densément l’arrière-plan (photo 2). On peut s’étonner de cette pratique dans laquelle le regard est instauré en vecteur principal de l’expérience. Comment se fait-il que ce type de pratique soit adopté par le plus grand nombre et qu’il est devenu banal et habituel de faire ce que font ces personnes (...) ? Comment décrire, expliciter, expliquer et interpréter ce phénomène où des personnes, équipées d’un regard touristique, se tiennent quelque part pour regarder quelque chose et, ce faisant, le reconstruisent ? Pour répondre à cette question et se donner les moyens de décrypter de façon fondamentale (i. e. non triviale), voire critique, cette situation, je propose de dire que ces personnes « font » quelque chose, qu’elles pratiquent un lieu d’une certaine manière, équipées d’un certain regard et développent, ce faisant, un certain rapport au monde. Elles font quelque chose dans un certain contexte, équipées d’un certain nombre d’instruments techniques et mettant en œuvre des compétences, suivant des prescriptions et en même temps fabriquant de l’espace. Il s’agit de pratiques situées dans lesquelles le corps est engagé (au-delà du seul regard) et dans lesquelles certains codes moraux, esthétiques et sociaux, ainsi que des mythes et représentations sont enactés, donc mis en pratique, et, par là même, donnent sens à ce que font et sont les individus, les autres « situés », et les lieux géographiques soumis à l’exercice (…). C’est ce que j’appelle « habiter », considérant au demeurant la pratique touristique, du fait de son éphémérité mais aussi de l’ampleur contemporaine de sa représentation, du fait aussi de sa globalité, comme paradigmatique de celui-ci. En effet, étant donné que les pratiques mobilisent des ressources et des enjeux d’ordre spatial (localisation, paysage, limites, place, lieu, représentation, esthétique, etc.) – les touristes font avec l’espace –, on peut nommer « habiter » ce que font les personnes. Appliquée aux personnes représentées sur la photo, la notion permet de dire que ces personnes habitent en tant que touristes, qu’elles habitent « touristiquement ». Ceci signifie que pour « habiter le Monde » (Lazzarotti, 2006), pour investir les différents lieux géographiques de sens et de significations, il faut faire quelque chose. C’est ce faire qui est au centre de la conception développée ici. Cela mène à une définition précise de l’habiter comme « faire avec » les dimensions spatiales des sociétés humaines ; habiter est défini comme l’ensemble des actes et manières de faire du point de vue de la mobilisation des distances, localisations, paysages, limites, qualités des lieux géographiques, arrangements spatiaux dans toutes les situations possibles dans lesquelles se trouvent les humains en tant qu’individus (…). Document 14 : Vue générale de la Grande-Motte (Hérault) https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ville-architecturale-de-la-Grande-Motte.JPG Document 15 : Carte de la Grande-Motte (source : Géoportail) Proposition de corrigé Composante histoire (12 points) 1. A l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous indiquerez les principaux savoirs à faire acquérir par des élèves de CM1 sur la question des transformations de Paris sous le Second Empire Comme le signale le programme, il s’agit d’envisager les transformations de Paris sous le Second Empire en lien avec les transformations économiques, techniques et sociales produites par l’industrialisation. Le document 2 peut être utilisé pour commenter certains autres documents du dossier. Document 3 : Au milieu du XIXe siècle, les rues de Paris étaient étroites et insalubres, les eaux usées s’écoulaient dans la rue, l’habitat était souvent insalubre. En plus, il était facile de bloquer ces rues par des barricades. Le préfet de Paris, Haussmann, soutenu par Napoléon III a engagé des travaux pour favoriser la circulation des personnes, des marchandises, de l’air et de l’eau, selon une visée hygiéniste . Document 4 : La carte des transformation de Paris sous le Seconde Empire signale les travaux les plus visibles. Tout d’abord, en 1860, Haussmann a annexé à Paris les villages situés entre Paris et les fortifications. La ville de Paris est passée de 12 à 20 arrondissements. Haussmann a alors pu réaliser une double opération d’ urbanisation des quartiers périphériques et d’aménagements urbains ( urbanisme ) de cet espace. L’essentiel des travaux a consisté à tracer des boulevards rectilignes dans le bâti ancien afin de favoriser la circulation des personnes, des marchandises et de l’air. Le « premier réseau », à la fin des années 1850, a concerné la « grande croisée de Paris » : prolongement de la rue de Rivoli, boulevard Saint-Michel-boulevard de Sébastopol. Le « deuxième réseau » a concerné les boulevards de l’ouest et du nord de Paris. Après le Second Empire, le « troisième réseau » a permis de relier entre eux ces différents boulevards. Les travaux et les spéculations plus ou moins légales auxquelles ils ont donné lieu sont évoqués dans la roman de Zola, La curée . Document 5 : Cette photographie montre l’ampleur des destructions du bâti ancien (on voit ici des tas de gravas, vestiges des immeubles détruits) afin de tracer de large boulevards (ici, la future avenue de l’Opéra). Cette photographie montre également que ces destructions permettaient de dégager et de mettre en valeur de grand monuments , tels que l’Opéra Garnier. Document 6 : Le tableau de Pissarro représente la nouvelle avenue de l’Opéra, la perspective monumentale qui se dégage jusqu’à l’Opéra Garnier, l’uniformité des immeubles haussmanniens et la circulation rendue beaucoup plus aisée. Mais surtout, l’ampleur de l’espace dégagé offre de nouvelles perspective aux peintres impressionnistes qui peuvent travailler les effets des rayons du soleil et de la lumière sur l’architecture haussmannienne. La ville de Paris devient un sujet artistique en elle-même. Document 7 : Cette photographie (actuelle) de la façade de la gare du Nord construite par l’architecte Jacques Hittorff et inaugurée en 1866, montre deux des aspects de l’haussmannisation : l’arrivée des réseaux ferroviaires dans les gares de la capitale, reliés entre elles par des boulevards facilitant la circulation des personnes et des marchandises, et l’aspect monumental des réalisations qui servent également à embellir la ville. Les statues représentent les principales desservies par la compagnie des chemins de fer du Nord, alors que l’utilisation du verre et du métal, permettant de construire de grandes halles relativement légères, rappelle l’industrialisation. Document 8 : Les Halles construites par Baltard (à l’emplacement de l’actuel Forum des Halles) sont également construites avec du verre et du métal. Elles étaient ainsi symboliques de l’industrialisation . Elles rassemblaient tous les produits alimentaires produits quotidiennement à la périphérie de Paris, qui étaient vendus ici à des détaillants qui les vendaient ensuite dans tous les commerces alimentaires de la capitale. Ces Halles étaient un élément essentiel de la circulation des marchandises dans Paris. Zola leur a consacré son célèbre roman Le ventre de Paris . Document 9 et 10 : Ces documents rappellent que l’haussmannisation a également consisté à apporter de l’air et de la verdure dans une capitale extrêmement minéralisée. En périphérie, Haussmann a fait aménager le bois de Vincennes et le bois de Boulogne. Dans Paris, il fait aménager quelques parcs : le parc Montsouris, le parc Monceau et le parc des Buttes-Chaumont aménagé dans d’anciennes carrières de gypse (un minéral nécessaire à la fabrication du plâtre). Le promontoire (un amas rocheux qui n’avait pas encore été exploité) a été aménagé et entouré de bassins et de promenades. Document 11 : Cette carte montre la nouvelle répartition sociale de la population parisienne après l’haussmannisation. Avant les travaux, les ouvriers habitaient souvent dans le centre de Paris. Ils ont été rejetés dans l’Est parisiens et dans les quartiers périphériques nouvellement urbanisés (11e, 12e, 14e, 15e, 18e, 19e, 20e arrondissements). En revanche les populations bourgeoises (le non-salariés) sont devenues majoritaires dans le centre et l’ouest de Paris. La relative mixité sociale antérieure fut remplacée par une ségrégations sociale opposant le centre et la périphérie, l’Ouest et l’Est de la capitale. 2. Proposez le canevas d’une séquence sur les transformations de Paris sous le Second Empire en indiquant les documents que vous utiliseriez. Puis développez une des séances de cette séquence, en définissant les objectifs d’apprentissage, les savoirs et les compétences travaillés, en indiquant précisément quels documents issus du dossier documentaire vous utiliseriez dans cette séance. Vous détaillerez enfin l’exploitation pédagogique de l’un de ces documents. Canevas d’une séquence : 1. La destruction du vieux Paris et la construction des grands boulevards Document 3 : les rues étroites et insalubres du vieux Paris Document 5 : les destructions pour construire les grands boulevards et dégager les monuments Document 6 : la perspective de l’avenue de l’Opéra 2. L’embellissement de la capitale Document 4 : la carte des principales réalisations d’Haussmann (boulevards, gares, espaces verts) Document 7 : la façade monumentale de la gare du Nord Document 8 : les Halles de Paris en verre et en métal Document 9 et 10 : le parc des Buttes-Chaumont 3. Les conséquences sociales de l’haussmannisation Document 11 : la répartition sociale de la population parisienne Production d’écrit sur l’haussmannisation : « Raconte comment Haussmann a transformé Paris » Développement d’une séance Exemple : séance 1 La destruction du vieux Paris et la construction des grands boulevards Objectifs : identifier un document, extraire des informations, mobiliser des savoirs pour analyser un document, mobiliser le raisonnement historique Savoir travaillés : insalubrité, hygiénisme, grand boulevards, perspective monumentale, haussmannisation Documents utilisés : Document 3 : Deux vues du centre du Paris ancien : rues étroites peu favorables à la circulation, eaux usées au milieu de la rue, peu de lumière, immeubles anciens et sans doute insalubres Document 5 : la destruction de grandes quantités d’immeubles anciens pour laisser la place à une grande avenue, ouverture sur l’opéra Garnier (construit entre 1862 et 1875, première inauguration en 1867) Document 6 : (toile de Pissarro) l’avenue de l’Opéra à la fin du XIXe siècle : circulation aisée sur un boulevard large et rectiligne, perspective monumentale jusqu’à l’Opéra, immeubles haussmanniens, fontaines et place, jeux de lumières (liens avec l’EAC) Production d’écrit : « Raconte comment Haussmann a transformé Paris (en se centrant ici sur les boulevard, on pourra compléter l’écrit lors des séances suivantes avec les gares, les Halles, les parcs) Exploitation d’un document : le document 5 Faire repérer l’opéra par les élèves, repérer son style classique (à compléter éventuellement avec des vues de l’Opéra Garnier aujourd’hui) Questions : Que font les ouvriers au premier plan de la photographie ? Ils emportent des gravas à l’aide de tombereaux tirés par des chevaux. D’où proviennent ces gravas ? Ils proviennent de la destruction des immeubles anciens Qu’y aura-t-il à la place des immeubles détruits ? L’avenue de l’Opéra Les immeubles visibles sur la photographie ont-ils échappé aux destructions ? Non, car on voit qu’ils bouchent encore la vue sur l’Opéra. Synthèse : l’haussmannisation consiste d’abord à détruire le bâti ancien et les rues trop étroites pour construire de larges boulevards rectilignes Composante géographie (8 points) 1. A partir du document 13, proposez une définition accessible à des élèves de CM1 du concept « habiter un espace touristique ». A partir de l’article de Mathis Stock , nous pouvons définir le concept d’habiter comme le fait que les acteurs (spatiaux) font quelque chose dans et avec un espace géographique (pratiquent un espace), par leur corps, par leur regard, à partir de leur façon de voir le monde. Habiter un espace touristique consiste à venir seul, en famille ou avec des amis, pendant plusieurs jours dans un espace éloigné de son lieu de vie habituel, que l’on trouve beau, agréable ou intéressant pour pratiquer des activités spécifiques (sportives, culturelles, de détente, etc.), différentes de celles de la vie de tous les jours. 2. Présentez des modalités d’utilisation en classe de CM1 des documents 14 et 15. Exploitation du document 14 : Dans un premier temps, on demandera aux élèves de délimiter avec des feutres de couleurs différentes les différentes unités paysagères visibles sur la photographie, et de proposer une légende. Le document 15 permet d’expliciter l’organisation des unités paysagères visibles sur la photographie. Il permet d’envisager différentes manières d’habiter l’espace touristique de la Grande Motte Différentes manières de se loger pendant la saison touristique : dans des immeubles, dans des pavillons, dans des campings, dans un village de vacances. Différentes manières de pratiquer l’espace maritime : la plage, la navigation de plaisance, la planche à voile (icône sur la carte) Différentes manières d’ avoir des loisirs : le casino, les terrains de sports, les promenades dans la forêt, la plage. Une synthèse collective permettra de compléter l’analyse sur l’habiter cet espace touristique en cherchant à savoir pourquoi les touristes aiment pratiquer cet espace : le beau temps assuré, une grande plage de sable qui laisse de l’espace à chacun. Cet espace offre donc des ressources et surtout des aménagements d’ordre touristique. A l’aide de la photographie légendée et de la carte étudiée collectivement, les élèves peuvent produire un écrit racontant ce que les touristes viennent faire dans cet espace. (Remarque subjective : une mer sans marée, une eau trop chaude, une chaleur écrasante, l’entassement dans des immeubles, un réseau routier saturé durant l’été : on peut avoir diverses représentations de cet espace !)

  • Sujet possible : La monarchie française de 1789 à 1793 / Les mobilités douces à Paris

    Par Didier Cariou, maitre de conférences HDR en didactique de l'histoire à l'Université de Bretagne Occidentale Composante histoire (12 points) 1. Sur la base de vos connaissances et des documents du dossier (documents 1 à 12), vous préciserez les principales étapes de l’évolution de la monarchie en France entre 1789 et 1793. Vous indiquerez également l’intérêt que peut présenter l’étude d’images en histoire au cycle 3. 2. En vous appuyant sur les documents du dossier, vous présenterez l’organisation d’une séquence sur : « Le temps de la Révolution, de l’année 1789 à l’exécution du roi » centrée sur la question de la monarchie. Vous proposerez l’exploitation pédagogique d’un document du dossier. Composante géographie (8 points) 1. Sur la base de vos connaissances et des documents du dossier (documents 13 à 20), vous préciserez les principales notions à développer sur le sujet des mobilités douces à Paris. 2. En vous appuyant sur des documents du dossier que vous choisirez, vous indiquerez comment vous pourriez travailler avec des élèves de CM2 sur des conflits d’acteurs spatiaux au sujet des mobilités douces. Histoire / classe de CM1 Thème 3 - Le temps de la Révolution et de l’Empire (...) La réunion des états-généraux peut être abordée dans la perspective de la genèse de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui sera longuement étudiée. Le programme d’EMC du cycle 3 indique en effet comme exemple de pratique en classe « Réflexion et débats sur les articles 1, 4, 6, 9, 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ». Ces débats préparés sont l’occasion de faire travailler les élèves en groupes. L’étude d’une représentation de la prise de la Bastille (que l’on racontera) le 14 juillet 1789 et de la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790, sur le Champ de Mars, permettra d’aborder la nouvelle conception de la nation qui surgit alors : des citoyens libres et égaux en droit qui s’associent volontairement, et de montrer l’origine de la fête nationale du 14 juillet. Elle permettra également de poser la question de la place du roi Louis XVI face à une nation qui affirme sa souveraineté. L’étude de la tenue des gardes nationaux et celle de quelques gravures permettront de faire découvrir aux élèves les symboles révolutionnaires (cocarde tricolore par exemple) et de montrer qu’ils sont toujours présents dans la symbolique républicaine actuelle. La figure de Louis XVI permet, par effet de contraste, d’aborder le passage à la République, fruit d’un divorce entre le roi et les révolutionnaires. Il s’agit ainsi de faire comprendre que c’est à propos du roi que les révolutionnaires ont commencé à se diviser massivement entre eux, ce qui est une particularité de la période que l’on qualifie de « Terreur ». L’ exécution du roi , épisode frappant, peut faire comprendre la difficile naissance et la difficile existence de la Première République. Document 1 : Extrait de la fiche EDUSCOL : le temps de la Révolution et de l’Empire Document 2 : Joseph-Siffred Duplessis, Louis XVI en costume de sacre, 1777.  Huile sur toile. https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Louis_XVI_en_costume_de_sacre_-_Joseph-Siffred_Duplessis.jpg Document 3 : Les étrennes patriotiques offertes au Roi au nouvel an 1790. Estampe. Paris, BnF. Source : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8411018b.item Transcription de la légende : Le Vieillard  : Or voici donc venu ce temps où nous n’avons plus qu’un roi et que nous pouvons sans crainte donner des marques de notre amour. Le Roi  : La naïveté qui décorent (sic) ces âmes vertueuses approcheront de mon trône, oui, messieurs, voilà, voilà mes amis. Monseigneur le Dauphin  : Ce petit agneau mord-t-il ? La petite fille  : Non, Monseigneur, il n’est pas aristocrate Document 4 : Charles Monet, La fête de la fédération du14 juillet 1790 sur le Champ de Mars à Paris, 1790. Eau forte, BnF. La fête de la Fédération - Histoire analysée en images et œuvres d’art | https://histoire-image.org/   Commentaire : Sur l’estrade centrale, La Fayette, commandant de la Garde nationale, prête serment au nom de tous les gardes nationaux venus de toute la France : «  Nous jurons de rester à jamais fidèles à la nation, à la loi et au roi, de maintenir de tout notre pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le roi et de protéger conformément aux lois la sûreté des personnes et des propriétés, la circulation des grains et des subsistances dans l'intérieur du royaume, la prescription des contributions publiques sous quelque forme qu'elle existe, et de demeurer unis à tous les Français par les liens indissolubles de la fraternité  ». Puis le roi prête serment : «  Moi, roi des Français, je jure d'employer le pouvoir qui m'est délégué par la loi constitutionnelle de l'État, à maintenir la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par moi et à faire exécuter les lois  ». Les justifications de la fuite de la famille royale à Varennes : » (…) D’après tous ces motifs et l’impossibilité où le roi se trouve d’opérer le bien et d’empêcher le mal qui se commet, est-il étonnant que le roi ait cherché à recouvrer sa liberté et à se mettre en sûreté avec sa famille ? » François, et vous surtout Parisiens, vous habitans d’une ville que les ancêtres de sa majesté se plaisoient à appeler la bonne ville de Paris, méfiez-vous des suggestions et des mensonges de vos faux amis ; revenez à votre roi ; il sera toujours votre père, votre meilleur ami : quel plaisir n’aura-t-il pas à oublier toutes ses injures personnelles, et de se revoir au milieu de vous, lorsqu’une Constitution, qu’il aura acceptée librement, fera que notre sainte religion sera respectée, que le gouvernement sera établi sur un pied stable, et que par son action, les biens et l’état de chacun ne seront plus troublés, que les lois ne seront plus enfreintes impunément, et qu’enfin la liberté sera posée sur des bases fermes et inébranlables. » À Paris, le 20 juin 1791, Louis. » Document 5 : La déclaration de Louis XVI aux Français pour justifier sa fuite de Paris, le 20 juin 1791 (extrait). Source : https://fr.wikisource.org/wiki/Déclaration_du_Roi_adressée_à_tous_les_Français,_à_sa_sortie_de_Paris Document 6 : Le retour de la famille royale à Paris, le 25 juin 1791 après la fuite à Varennes. Gravure coloriée. Paris, Musée Carnavalet. Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Retour_Varennes_1791.jpg Document 7 : Publication de la loi martiale au Champ de Mars : le 17 juillet 1791 Fusillade du Champ de Mars, le 17 juillet 1791. Gravure à l'eau forte et au burin de Pierre-Gabriel Berthault (1737-1831) d'après un dessin de Jean-Louis Prieur (1759-1795). Source : BnF https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40248685f Document 8 : Henri IV à Louis XVI : « Ventre saint-gris où est mon fils ? Quoi ? C’est un cochon ? ». Estampe anonyme, 1791, Paris : Musée Carnavalet. Source : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8411569c Extraits de la constitution de septembre 1791 Article (1).  - La Souveraineté est une, indivisible, inaliénable et imprescriptible. Elle appartient à la Nation ; aucune section du peuple, ni aucun individu, ne peut s'en attribuer l'exercice. Article (2).  - Le Pouvoir législatif est délégué à une Assemblée nationale composée de représentants temporaires, librement élus par le peuple, pour être exercé par elle, avec la sanction du roi, de la manière qui sera déterminée ci-après. Article (3).  - Le Gouvernement est monarchique : le Pouvoir exécutif est délégué au roi, pour être exercé sous son autorité, par des ministres et autres agents responsables, de la manière qui sera déterminée ci-après. Article (4).  - Le Pouvoir Judiciaire est délégué à des juges élus à temps par le peuple. Article (5).  - Au roi seul appartiennent le choix et la révocation des ministres. Article (6).  - Il n'y a point en France d'autorité supérieure à celle de la loi. Le roi ne règne que par elle, et ce n'est qu'au nom de la loi qu'il peut exiger l'obéissance. Article (7).  - Le Pouvoir exécutif suprême réside exclusivement dans la main du roi. - Le roi est le chef suprême de l'administration générale du royaume : le soin de veiller au maintien de l'ordre et de la tranquillité publique lui est confiée. - Le roi est le chef suprême de l'armée de terre et de l'armée navale. - Au roi est délégué le soin de veiller à la sûreté extérieure du royaume, d'en maintenir les droits et les possessions. Article (8).  - La guerre ne peut être décidée que par un décret du Corps législatif, rendu sur la proposition formelle et nécessaire du roi, et sanctionné par lui. Document 9 : Extraits de la constitution de septembre 1791. Source : https://www.conseil-constitutionnel.fr/les-constitutions-dans-l-histoire/constitution-de-1791 Document 10 : La déclaration de guerre du 20 avril 1792. Gravure allemande de Johann Carl Bock d'après un dessin de C. Heydeloff, 1792. Source : Gallica. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84115345/12148 Commentaire : Louis XVI propose aux députés de l'Assemblée nationale législative de déclarer la guerre au roi de Bohême et de Hongrie (20 avril 1792). Cette proposition est votée par l’Assemblée : « L'Assemblée nationale délibérant sur la proposition formelle du roi, décrète que la guerre sera faite par la nation française au roi de Bohême et de Hongrie ». Document 11 : « Louis le dernier et sa famille conduits au Temple le 13 aoust 1792 ». Estampe anonyme, Paris, BnF. Document 12 : Document expédié en province concernant le décret pris par la Convention lors de sa première séance et portant abolition de la royauté, signée par Pétion, président, Brissot et Lasource, secrétaires de séance. Source : Archives nationales, AE/II/1316. https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Décret_de_la_Convention_abolissant_la_Royauté,_21_septembre_1792.png Transcription : « DÉCRET de l’Assemblée nationale du vingt et un septembre 1792. L’an quatrième de la Liberté. La convention nationale décrète à l’unanimité que la royauté est abolie en France. Collationné à l’original par nous, Président et Secrétaires de la convention nationale à Paris, le 22 septembre 1792, l’an premier de la république française.  (signé) Pétion, Brissot, Lasource » Document 13 : Extrait du programme du cycle 3, classe de CM2 (2020) Document 14 : Carte de la concentration annuelle de dioxyde d’azote en 2022 à Paris Source : Ville de Paris, Le bilan des déplacements à Paris en 2022 . Source: https://www.paris.fr/pages/le-bilan-des-deplacements-a-paris-en-2022-24072#:~:text=La%20circulation%20automobile%20dans%20Paris%20intra%2Dmuros%20est%20en%20baisse,km%2Fh%20en%202021 ) Document 15 : Les mobilités douces à Paris. Source : Ville de Paris, Le bilan des déplacements à Paris en 2022 . Document 16 : Carte des aménagements cyclables à Paris. Source : Ville de Paris, Le bilan des déplacements à Paris en 2022 . Document 17 : Vue des aménagements de transport dans le sud de Paris. Document 18 : La voie sur berge sur la rive droite de la Seine et le pont de Bir-Hakem (Paris 16e). Source : https://www.lepoint.fr/automobile/paris-voitures-et-scooters-bientot-traques-sur-les-pistes-cyclables-05-09-2018-2248784_646.php La mobilisation des automobilistes continue [Article du 28/09/2015] La fermeture de la rive gauche provoque déjà davantage d’embouteillages En mai dernier, déjà, alors qu’Anne Hidalgo lançait une pseudo-consultation visant à recueillir l’opinion des administrés parisiens sur le futur aménagement des voies de la rive droite, l’association "40 millions d’automobilistes" faisait le bilan de la fermeture de la rive gauche à la circulation en janvier 2013, s’appuyant sur des études du Medef et de la société d’info-trafic Inrix : la fermeture des voies sur berges a provoqué une aggravation des conditions de circulation, non seulement sur les axes à proximité des quais, mais aussi sur le périphérique. Ces embouteillages supplémentaires se traduisent par des émissions polluantes et des nuisances sonores accrues pour les riverains. Les effets sont à l’exact opposé de ce que l’on souhaiterait voir. Document 19 : Le point de vue d’une association d’automobilistes sur la piétonisation de la rive gauche de la Seine décidée par la mairie de Paris. Source : https://www.40millionsdautomobilistes.com/articles/le-fiasco-de-la-fermeture-des-voies-sur-berge-parisiennes Une description humoristique de la circulation en vélo à Paris Paris a beau avoir été élue  meilleure ville de France  pour faire du vélo  (à notre plus grande surprise), il n’empêche qu’ arpenter ses pistes cyclables n’est pas toujours le moment le plus cool de notre journée . Il y a du monde,  des obstacles, des pavés, des trous  dans la chaussée, bref,  personne n’est épargné  (non, même pas les  vélos électriques ). On vous propose donc un  petit récapitulatif (non-exhaustif) de ces trucs vraiment relous  (et parfois dangereux)  auxquels vous êtes susceptibles d’être confrontés  pendant vos trajets quotidiens. Les obstacles vivants (...) Les deux-roues motorisés : On en a tous déjà fait l’expérience, mais  les motos et autres scooters ont souvent tendance à penser que la piste cyclable n’est rien d’autre qu’une extension de la route principale , une sorte de voie auxiliaire, pour ceux qui maîtrisent les codes de l’autoroute, mise à disposition pour leur bon plaisir. Il n’est pas rare de les voir s’immiscer,  pour éviter les  bouchons , ou bien prendre une rue en sens inverse . Et si nous, pauvres cyclistes, avant  le malheur de leur faire une réflexion , ils nous lâchent alors, avec tout l’aplomb du monde : «  De toute façon, toi t’es pas maquillée, donc t’es moche  » (oui, ceci est une histoire vraie). Les piétons : Aka les rois de la street . On le sait, en leur qualité d’usagers les plus vulnérables,  les piétons sont toujours prioritaires , quelle que soit la situation. Seulement, voilà,  ils l’ont bien compris, et tirent souvent parti de cette position , au détriment des autres. Et vas-y que  je me promène tranquillement au milieu des vélos . Vas-y que je traverse au milieu de nulle part sans regarder, parce que  de toute façon, la  piste cyclable , ce n'est pas vraiment la route  (et c’est encore pire si la piste a le malheur de se trouver sur un bout de trottoir). Vas-y que je n’hésite pas à  m’étaler sur la chaussée parce que le trottoir devant le bar est trop petit  et que j’ai besoin de place pour faire des blagues lourdes à mes potes. Et vas-y que… Bref,  on ne s’épanchera pas plus sur le sujet . Les gens qui tournent : Un peu plus généraliste, cette catégorie englobe  tous les gens qui veulent s’engager dans les voies perpendiculaires . D’un côté, les voitures qui traversent la piste cyclable  à toute berzingue sans même vérifier que personne n’arrive,  ou bien qui font mine de s’arrêter alors qu’elles se trouvent déjà complètement sur la bande verte, empêchant  quiconque aurait le malheur de se trouver sur une bicyclette  à ce moment-là de passer. De l’autre, les  cyclistes qui  ralentissent d’un coup pour tourner, sans aucun signe avant-coureur  bien évidemment, créant ainsi un  carambolage géant  derrière. Bref,  quand on tourne, on l’indique  (avec un bras, par exemple, on vous assure que ça marche très bien, ou un clignotant), on ralentit progressivement, et on respecte les priorités.  C’est bien noté ? Les pigeons : Impossible de terminer cette liste sans mentionner  l’un des nouveaux fléaux des cyclistes , véritable mal de notre époque moderne :  les  pigeons . Des créatures somme toute inoffensives, qui ne feraient pas de mal à une mouche, et  qui, dans leur état naturel, ont tendance à s’envoler rapidement à l’approche d’une menace . Seulement, voilà, les pigeons parisiens sont clairement la race du mal, qui n’en a plus rien à faire, et qui n'hésite pas à  attendre un dixième de seconde à peine avant l’impact  pour étendre leurs ailes grisâtres et s’en aller vers de nouveaux horizons.  Ça file la frousse, c’est pénible (…). Document 20 : Top des trucs hyper relous qu’on croise tout le temps sur la piste cyclable. Publié le 25 avril 2024 à 20h00. Par Clémence Varène. Source : https://www.lebonbon.fr/paris/wtf/velo-paris-trucs-hyper-relous-croise-piste-cyclable/ Proposition de corrigé Composante histoire (12 points) 1. Sur la base de vos connaissances et des documents du dossier (documents 1 à 12), vous préciserez les principales étapes de l’évolution de la monarchie en France entre 1789 et 1793. Vous indiquerez également l’intérêt que peut présenter l’étude d’images en histoire au cycle 3. Les principales étapes de l’évolution de la monarchie entre 1789 et 1793 La description de ces étapes permet d’illustrer le passage de la monarchie absolue de droit divin à la monarchie constitutionnelle jusqu’à l’abolition de la monarchie et le passage à la république. Document 2 :  Au début de l’année 1789, la France connaît encore le régime de la monarchie absolue de droit divin. Le portrait de Louis XVI en costume de sacre le montre en monarque absolu de droit divin. Elle présente les symboles du pouvoir du roi : la couronne, le sceptre. Elle présente els symboles de la monarchie de droit divin : le manteau bleu doublé de banc (le manteau du grand prêtre du temple de Jérusalem), portant des queues d’hermine (la pureté) et des fleurs de lys (emblème de la monarchie et symbole marial). Document 3 :  Après les événements de l’année 1789 (serment du jeu de paume, prise de la Bastille, DDHC), le roi est désormais un monarque constitutionnel, il n’exerce plus que le pouvoir exécutif. Il est présenté ici comme le père de la nation. Les échanges inscrits sous la gravure font croire à une proximité directe et une forme d’affection entre le peuple, le roi et son héritier, le Dauphin. Document 4 :  Cette gravure représente la fête de la Fédération du 14 juillet 1790. Elle rassemble sur le Champ de Mars près de 100 000 personnes et gardes nationaux venus de toute la France pour célébrer l’unité de la nation derrière le roi. C’est un moyen de célébrer et de conjurer la journée sanglante du 14 juillet 1789. La Fayette, le commandant de la Garde nationale jure fidélité « à la nation (la souveraineté nationale), à la loi et au roi (la séparation des pouvoirs) ». Le roi s’engage à faire respecter la constitution en cours d’élaboration. Ce moment d’unanimité est considéré comme l’apothéose de la monarchie constitutionnelle. (Rappel, la fête nationale du 14 juillet instituée en 1880 célèbre la fête de la Fédération et pas la prise de la Bastille) Document 5 :  Cependant, certains nobles et le roi lui-même n’ont pas renoncé à combattre la Révolution. Le 20 juin 1791, la famille royale s’enfuit du château des Tuileries pour rejoindre les nobles émigrés à la frontière du royaume. Elle est reconnue et capturée à Varennes. Dans ce texte, Louis XVI justifie sa fuite en exigeant une constitution qui renforce son pouvoir et qui respecte davantage la religion (menacée selon lui par la Constitution civile du clergé de 1790). Apparemment, il ne souhaite pas revenir à la monarchie absolue. Document 6  : La fuite à Varennes a déconsidéré le roi auprès du peuple. Cette gravure montre que, lors de son retour, le peuple de Paris lui tourne le dos en signe de mépris. Les nombreux soldats sont là pour surveiller le roi mais surtout pour le protéger contre la population. Document 7 :  Le 17 juillet 1791, le club des Cordeliers porte une pétition sur l’autel du Champ de Mars pour réclamer la déchéance du roi qui a clairement manifesté sa trahison par la fuite à Varennes. A la suite d’un incident, la Garde nationale de Paris dirigée par La Fayette tire sur la foule, sur l’ordre du maire de paris, Bailly et de l’Assemblée constituante. Une fracture s’opère entre le peuple parisien progressivement partisan de la République et les dirigeants révolutionnaires, hostiles au revendications du peuple et qui souhaitent garder le roi à la tête d’un pouvoir exécutif fort. Document 8 : Cette gravure de 1791 montre la dégradation de l’image du roi auprès du peuple. Louis XVI est représenté comme un cochon et un ivrogne, indigne de l’héritage de la dynastie des Bourbons fondée par Henri IV. Document 9 :  malgré tout, la constitution est adoptée en septembre 1791. Elle établit la souveraineté de la nation (articles 1 et 2), la séparation des pouvoirs (articles 3, 4, 5, 6, 7). Il s’agit d’une monarchie constitutionnelle où le roi détient des pouvoirs très étendus, plus étendus que dans els monarchies constitutionnelles habituelles : il nomme et dirige les ministres, il dirige l’administration, il dirige les armées. Document 10 :  Le 20 avril 1792, la guerre est déclarée au roi de Bohême et de Hongrie (le futur empereur d’Autriche) par l’Assemblée, sur proposition du roi. On sait que le roi espère une défaite de l’armée française qui lui permettra de rétablir totalement son autorité. Dans le mois qui suivent, le roi refuse d’adopter des mesures qui auraient permis de défendre Paris contre l’avancée des Autrichiens. Document 11  : Convaincus que le roi veut la défaite de la Révolution, les Parisiens réunis dans une Commune révolutionnaire attaquent les Tuileries, le 10 août 1792. Au prix de combats sanglants, ils s’emparent de la famille royale. Le roi est présenté ici en chemise, dépouillé de tous les symboles du pouvoir. Un sans-culotte pose un bonnet de prisonnier sur sa tête pour symboliser la victoire du peuple sur la monarchie. La famille royale est ensuite emprisonnée à la prison du Temple qui est représentée au second plan. Document 12  : Comme l’indique ce document, la monarchie est officiellement abolie le 21 septembre 1792, le lendemain de la victoire de Valmy. La République n’est pas officiellement proclamée, mais les actes officiels de la république sont datés à partir de ce jour. Une Convention se réunit pour élaborer une constitution républicaine. Le roi est jugé, condamné à mort et exécuté le 21 janvier 1793. Résumé : L’intérêt présenté par l’étude d’images au cycle 3 Les images en servent pas tellement à montrer la réalité du passé telle qu’elle aurait pu être. Elle servent à étudier les intentions de leurs auteurs et la façon dont ils voyaient la réalité politique de leur temps. Ici, les images servent à montrer la dégradation progressive de la façon dont le peuple voyait le roi, depuis le roi paternel et bienveillant, au roi présenté comme un cochon. Les images permettent de comprendre le discrédit de la monarchie et l’aspiration à la république. 2. En vous appuyant sur les documents du dossier, vous présenterez l’organisation d’une séquence sur : « Le temps de la Révolution, de l’année 1789 à l’exécution du roi » centrée sur la question de la monarchie. Vous proposerez l’exploitation pédagogique d’un document du dossier. Organisation d’une séquence : Compétences visées : Savoirs travaillés : monarchie absolue de droit divin, monarchie constitutionnelle, souveraineté nationale, séparation des pouvoirs, République Séance 1 : de la monarchie absolue à la monarchie constitutionnelle Document 2 : rappel des caractéristiques de la monarchie absolue de droit divin (vue lors du chapitre sur « le temps des rois ») L’enseignant·e raconte le serment du jeu de paume et la prise de la Bastille, et étudie avec les élèves certains articles de la DDHC. Séance 2 : la monarchie constitutionnelle Document 4 : la fête de la Fédération. L’enseignant·e raconte la fonction de cette fête et étudie avec les élèves les serments prononcés qui rappellent la souveraineté nationale et la séparation des pouvoirs, au fondement de la monarchie constitutionnelle. Document 6 : les élèves étudient quelques articles de la constitution pour retrouver les caractéristiques de la monarchie constitutionnelle Séance 3 : la chute de la monarchie Document 6 : L’enseignant·e raconte la fuite de la famille royale à Varennes et son retour à Paris Document 7 : L’enseignant·e raconte la fusillade du champ de Mars et la coupure au sein du camp révolutionnaire Document 8 : étude de l’image révolutionnaire qui montre la dégradation de l’image du roi dans la population. Document 9 : étude de l’image qui montre à nouveau la dégradation de l’image du roi lors de son emprisonnement L’enseignant·e évoque le procès et l’exécution du roi Évaluation  : on demandera aux élèves de raconter l’échec de la monarchie constitutionnelle entre 1789 et 1792. Exploitation pédagogique d’un document : le document 8 1. Quelle est la date du document ? Après quel événement a-t-il été réalisé ? Réponse : 1791, après la fuite à Varennes. 2. Qui sont les deux personnages représentés et comment sont-ils représentés ? Réponse Henri IV (vu lors du chapitre sur « le temps des rois ») et Louis XVI, en cochon dans un tonneau en train de boire du vin. 3. Pourquoi le personnage de Henri IV dit-il « Ventre saint-gris où est mon fils ? » Réponse : Louis XVI est le descendant d’Henri IV (dynastie de Bourbons). Il est surpris de voir la déchéance de son héritier. 4. S’agit-il d’une scène réelle ? Non, Henri IV et Louis XVI n’ont pas vécu à la même époque. Louis XVI est caricaturé en cochon. 5. Que veut suggérer l’auteur de l’image en mettant en scène Henri IV et Louis XVI ? Réponse : il veut montrer que Louis XVI n’est pas digne de son ancêtre et que la monarchie est discréditée. Composante géographie (8 points) 1. Sur la base de vos connaissances et des documents du dossier (documents 13 à 20), vous préciserez les principales notions à développer sur le sujet des mobilités douces à Paris. Ce dossier porte sur les mobilités douces à Paris. En géographie, le concept de mobilité  désigne Une mobilité est un changement de lieu accompli par des êtres humains (des acteurs spatiaux). Le concept de mobilité douce concerne les déplacements opérés avec des moyens de transport non carbonés (marche à pied, vélo, trottinette) ou faiblement carbonés (VAE, Trottinette électrique, transports en commun) (documents 15, 16, 17). Ces mobilités supposent des aménagements (documents 15, 16, 17). Un aménagement permet de surmonter une contrainte spatiale ou de tirer profit d'une ressource spatiale en proposant des équipements permettant le déroulement des activités humaines en un lieu donné et dans une société donnée. Ces aménagement sont réalisés et utilisés par des acteurs spatiaux, à savoir l'ensemble des agents (individus, groupes de personnes, institutions, entreprises) susceptibles d’exercer une action sur les territoires. Comme ces acteurs n’ont pas tous le même usage des aménagements, cela peut produire des conflits d’acteurs (documents 18, 19). La question des mobilités douces s’inscrit dans la logique du développement durable : un mode de développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. En effet, le développement des mobilités douces doit permettre la réduction des émissions de gaz polluants liés à la circulation automobile (document 13). Document 14 : Ce document montre que les concentrations de pollution se situent le long des boulevards et du périphérique. Cette pollution est donc due essentiellement à la circulation automobile Document 15 et 16 : Ces documents permettent de définir les mobilités douces  (marche à pied, vélo, transports en commun) et leur évolution. Ces mobilités sont liées à des aménagements spécifiques, trottoirs, pistes cyclables Document 17 : Ce document montre un exemple caractéristiques des aménagements  de transports à Paris qui associent l’automobile, la ligne de tramway, les pistes cyclables et les trottoirs. Documents 18 et 19 : ces documents portent sur la fermeture progressive des voies sur berge à Paris et rendent compte des conflits d’acteurs  qui en résultent. L’ouverture de la piste cyclable réduit la place de l’automobile et génère des embouteillages pour les voitures et les scooters. Document 19 : Ce document évoque également les conflits d’acteurs concernant l’usage des pistes cyclables à Paris entre les différents acteurs qui les empruntent : usagers des motos et des scooters, les piétons, les autres cyclistes et les pigeons. Production graphique possible  : schématiser le document 17 pour représenter les mobilités, les aménagements, les acteurs. 2. En vous appuyant sur des documents du dossier que vous choisirez, vous indiquerez comment vous pourriez travailler avec des élèves de CM2 sur des conflits d’acteurs spatiaux au sujet des mobilités douces. Il est possible d’utiliser les documents 18, 19 et 20 Document 18 : 1. Quelles mobilités apparaissent sur cette photographie ? Réponse : automobiles et scooter (mobilités carbonées), vélo et métro (mobilités douces) 2. Quels aménagement apparaissent sur cette photographie ? Réponse : route, piste cyclable, ligne de métro aérienne, voie fluviale. 3. Que veut suggérer l’auteur de la photographie et quel type d’acteurs défend-il ? Réponse : embouteillage sur la route, peu de cyclistes sur la piste cyclable. Il veut suggérer que la piste cyclable sert surtout à gêner la circulation automobile. Document 19 : 1. Qui sont les acteurs évoqués dans ce texte ? Réponse : Anne Hidalgo et la mairie de Paris, l’association « 40 millions d’automobilistes » 2. Quelle est la raison du conflit entre ces acteurs ? Réponse : l’association d’automobilistes veut montrer que la décision de la mairie de Paris de fermer la voie sur berge à la circulation automobile ne réduit pas la pollution, qu’elle ne fait que la déplacer et qu’elle ne sert à rien. 3. Imaginer la réponse qu’aurait pu faire la Mairie de Paris à cette association. Réponse : il est nécessaire de réduire la circulation automobile à Paris pour réduire la pollution de l’air qui menace la santé de la population. Et il est meilleur pour la santé de se déplacer à vélo plutôt qu’en voiture. Document 20 (en enlevant les § sur les deux roues motorisées et sur les pigeons) 1. Qui sont les différents acteurs évoqués dans ce texte ? Les cyclistes, les piétons, les automobilistes 2. Selon ce texte, quelle est la principale cause de ces conflits d’acteurs ? Réponse : le manque de civilité Sur la base de ce document, on pourrait organiser un débat en EMC sur les moyens qui permettraient de réduire ces conflits.

  • La Deuxième Guerre mondiale : les phases de la guerre

    Par Didier Cariou, maître de conférences HDR en didactique de l’histoire à l’Université de Bretagne Occidentale Mots-clés : Pacte germano-soviétique, Axe, Entrée en guerre, guerre-éclair, Lebensraum, Drôle de guerre, Expédition de Narvik, Campagne de France, Dunkerque, Débâcle, Armistice, Bataille d’Angleterre, Churchill, Mers-el-Kebir, Charte de l’Atlantique Attaque de l’URSS, Prisonniers de guerre soviétiques, Pearl Harbor, Carte de l’Europe en 1942, Camps de concentration, Centres de mise à mort, Stalingrad, El-Alamein, Débarquement en Afrique du nord, Midway, Débarquement en Sicile, Débarquement en Normandie, Débarquement de Provence, Conférence de Yalta, Capitulation allemande, Conférence de Potsdam, Hiroshima, Nagasaki, Capitulation du Japon Que dit le programme ? Comme pour la Première Guerre mondiale, il est attendu que l’étude de la Seconde Guerre mondiale parte des traces qui en sont restées dans les paysages, dans les archives, dans la mémoire familiale. Dans la fiche Eduscol, il est indiqué incidemment que les concepts centraux de ce chapitre sont ceux de la violence de guerre et de la guerre d’anéantissement qui permettent de structurer l’étude. La fiche Eduscol précise également qu’une erreur serait de présenter les deux guerres mondiales successivement, sans travail de comparaison. Malheureusement, elle ne propose pas vraiment des modalités de comparaison accessibles à des élèves de CM2 et, personnellement, je ne vois pas bien comment faire. La comparaison entre le génocide des Arméniens et les génocides des Juifs et des Tsiganes semble évidemment souhaitable. Pour le reste, la focale très franco-centrée du programme rend la comparaison difficile entre la France engagée dans la guerre des tranchées et la France occupée par l’armée allemande. Le point de comparaison peut être celui du rapport entre violence de guerre et guerre d’anéantissement. Le concept de violence de guerre s’applique parfaitement à la Première Guerre mondiale à propos de laquelle on étudie la violence subie par les combattants et celle que ces combattants ont pu exercer. Ce concept s’applique également aux combattants de la Seconde Guerre mondiale mais doit être complété par celui de guerre d’anéantissement qui rend compte des bombardements massifs des villes anglaises, des villes allemandes et des villes japonaises, des batailles (Stalingrad) qui ont conduit à la mort de plusieurs centaines de milliers de combattants à chaque fois. Les massacres massifs de populations civiles en Europe de l’Est et, ponctuellement en Europe du Sud et de l’Ouest, et, bien entendu le génocide des juifs et le génocide des Tsiganes, participent de cette guerre d’anéantissement. L’objectif de ce chapitre est d’essayer de comprendre l’escalade de la violence de guerre à la guerre d’anéantissement. Dans ce chapitre, nous abordons uniquement les phases de la guerre afin d’indiquer le contexte militaire général de l’occupation de la France et du génocide des Juifs et des Tsiganes. Ce point sur les phases de la guerre ne semble pas être attendu du programme du cycle 3, mais il peut sembler utile d’en rappeler les grandes étapes. Il est possible de ne pas lire ce blog si l’on connaît déjà l’essentiel du contexte général de la guerre. 1. Les offensives de l’Allemagne et de ses alliés (1939-1941) 1.1 La campagne de Pologne On pourrait considérer que la Deuxième Guerre mondiale a débuté en 1937 avec la déclaration de guerre du Japon (allié de l’Allemagne depuis 1936) à la Chine, inaugurant des combats et des massacres atroces de populations civiles chinoises qui se déroulèrent jusqu’à la capitulation du Japon face aux États-Unis, le 2 septembre 1945. Mais nous devons adopter ici un point de vue européo-centré. En Europe, la guerre a commencé le 1er septembre 1939. Le 23 août 1939, l’URSS de Staline signa avec l’Allemagne de Hitler le pacte germano-soviétique de non-agression accompagné d’un "protocole secret" organisant le futur partage de la Pologne entre les deux puissances. Ce pacte permettait à Hitler de faire la guerre à l’Ouest sans se soucier dans l’immédiat de la menace soviétique à l’est. Il laissait le temps à Staline de reconstituer l’armée soviétique après les purges qui avaient conduit à l’exécution de la plus grande partie des généraux et des officiers supérieurs soviétiques. Assurée de la neutralité (temporaire) de l’URSS, Hitler se trouvait à la tête des forces de l’ Axe , qui regroupait l’Allemagne, l’Italie puis le Japon. Le 1er septembre 1939 , l’armée allemande pénétra en Pologne sans déclaration de guerre. Alliées de la Pologne, la France et la Grande Bretagne déclarèrent la guerre à l’Allemagne, le 3 septembre 1939. L’armée allemande mena une guerre-éclair ( Blitzkrieg ) en Pologne : l’aviation bombardait les aérodromes, les nœuds routiers et ferroviaires tandis que les blindés et l’infanterie motorisée envahissaient la Pologne qui fut vaincue en trois semaines. Mais cette campagne se caractérisa surtout par l'extrême violence déployée par l'armée allemande, afin d'anéantir au plus vite l'armée polonaise et de terrifier la population et lui enlever toute velléité de résistance par de nombreux massacres de populations civiles. Dès leur victoire, les Allemands entreprirent la liquidation physique des élites polonaises et commencèrent à s’en prendre aux juifs. D'une certaine manière, la campagne de Pologne préfigura la campagne contre l'URSS. Le 18 septembre 1939, l’armée soviétique envahit l’Est de la Pologne, conformément aux clauses du protocole secret du pacte de non-agression. Encadré : le Lebensraum A partir de l’automne 1939, les nazis commencèrent à organiser la politique de colonisation de ce qu’ils nommaient l’ espace vital ( Lebensraum ), à savoir les territoires d’Europe de l’Est peuplés de populations slaves et/ou de religion juive, considérées comme des races inférieures. Les juifs devaient disparaître à court terme (au départ, les nazis pensaient les regrouper dans des ghettos puis les exiler dans des contrées lointaines où ils disparaîtraient faute de soins et de nourriture, mais ils décidèrent finalement leur l’extermination systématique à l'automne 1941). Les slaves devaient être réduits en esclavage pour travailler dans des centres de mise en valeur agricole attribués à des colons allemands et répartis (selon la logique du modèle des "lieux centraux" du géographe Walter Christaller en 1933) sur tout l’espace de la plaine qui s’étend de la Pologne à la Russie en passant par l’Ukraine et la Biélorussie. La disparition des populations slave par le manque de nourriture et les mauvais traitements était programmée sur le long terme, une fois que cette main d’œuvre ne s’avérerait plus nécessaire aux colons allemands. D'ici là, toutes les atrocités contre les populations civiles de Pologne, des pays Baltes, de la Biélorussie et de l'Ukraine, étaient permises par l'idéologie nazie. 1.2 La Drôle de guerre et la campagne de France Après sa victoire en Pologne, l’armée allemande se retourna vers le front Ouest mais n’attaqua pas immédiatement les armées françaises et britanniques. Les soldats français, installés derrière la ligne Maginot, ligne fortifiée censée empêcher toute invasion, baptisèrent cette guerre, qui n’en était pas une, la « drôle de guerre ». La doctrine militaire française consistait à attendre que des offensives allemandes viennent se fracasser contre la ligne Maginot. Des combats eurent lieu cependant en Scandinavie. L’URSS attaqua la Finlande en décembre 1940, afin de gagner des territoires qui auraient permis de protéger Leningrad (actuelle Saint-Pétersbourg) jugée trop proche de la frontière finlandaise. Mise en difficulté par l’armée finlandaise, l’armée soviétique l’emporta finalement au prix de lourdes pertes. De son côté, l’armée allemande envahit le Danemark et les ports norvégiens le 9 avril 1940, afin de sécuriser ses approvisionnements en minerai de fer suédois. Un corps expéditionnaire composé d’unités britanniques, françaises et polonaises débarqua dès le lendemain à Narvik , dans le nord de la Norvège, pour soutenir une division de l’armée norvégienne. Les Alliés l’emportèrent mais durent rentrer en France et en Angleterre lors de l’offensive allemande contre la France. Les Allemands s’installèrent alors à Narvik jusqu’à la fin de la guerre. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_ouvrages_de_la_ligne_Maginot La Drôle de guerre s’acheva le 10 mai 1940, lorsque l’armée allemande envahit les Pays-Bas puis la Belgique avant de réaliser la percée de Sedan, le 13 mai, lors de ce que l’on a nommé la Campagne de France . En effet, la ligne Maginot avait été construite uniquement face à la frontière allemande mais pas face à la frontière de la Belgique, alliée de la France. Il fut donc aisé pour l’armée allemande de prendre la ligne Maginot à revers en traversant le massif des Ardennes au niveau de Sedan. A nouveau, l’armée allemande mit en œuvre le Blitzkrieg associant les Stukas, les bombardiers en piqué, et les divisions blindées qui occasionnèrent d’énormes pertes dans l’armée français. L’armée britannique et de nombreux soldats français furent bloqués sur la plage de Dunkerque . Une pause de l’armée allemande, sans doute pour des raisons de ravitaillement et de maintenance des véhicules, laissa le temps à l’armée britannique d’évacuer 350 000 soldats entre le 29 mai et le 4 juin 1940. Cet épisode est raconté dans deux films très différents mais également importants : l’excellent Week-end à Zuidcoote de Henri Verneuil (1964) avec Jean-Paul Belmondo pour le point de vue français, et le remarquable Dunkirk de Christopher Nolan (2017) pour le point de vue britannique. L’armée allemande poursuivit sa progression vers le sud. Le 14 juin, Paris fut déclarée « ville ouverte » et prise par l’armée allemande qui occupa les deux tiers de l’espace français en quelques jours. L’effondrement de l’armée française en quelques semaines fut appelé la Débâcle , en dépit d’une résistance acharnée qui occasionna de très lourdes pertes : environ 60 000 soldats français perdirent la vie au cours des six semaines de guerre, contre 30 000 du côté des Allemands, un taux de perte comparable aux pires mois de la Première Guerre mondiale. Près de 1,6 million de soldats français furent fait prisonniers et emmenés en captivité en Allemagne. Malgré une légende tenace, l’armée française ne fut pas battue en raison d’une infériorité matérielle face aux avions et aux chars de l’armée allemande, mais en raison de leur mauvaise utilisation et d’une désorganisation du commandement français dirigé par le très conservateur général Gamelin vite remplacé par le non moins conservateur général Weygand (conservateurs au sens politique du terme et au sens militaire : ils avaient une guerre de retard). En même temps, 8 à 10 millions de personnes venues du quart nord-est de la France s’enfuit devant l’avancée des troupes allemandes, ce que l’on appela l’ Exode . Le souvenir de l’extrême dureté de l’occupation allemande du Nord de la France et le récit d’atrocités réelles ou supposées de l’armée allemande contre les populations civiles durant la Première Guerre mondiale, poussèrent la population à tenter de rejoindre le sud de la France. Les familles s’enfuirent par le train, en voiture (encore rares à l’époque), sur des charrettes, à vélo, etc. Elles manquèrent de nourriture, dormirent dans les champs, elles subirent les bombardements de l’aviation allemande et italienne (l’Italie de Mussolini avait déclaré la guerre à la France le 10 juin) dans un chaos généralisé. Elles furent vite rejointes par l’armée allemande et reprirent le chemin de leur domicile au cours du mois de juillet. Le gouvernement du maréchal Pétain, nommé le 17 juin 1940, demanda l’ armistice qui fut signé le 22 juin 1940 à Rethondes, dans la wagon où avait été signé l’armistice du 11 novembre 1918. Les clauses de cet armistice étaient très dures : armée réduite à 100 000 hommes, versement des frais d’entretien quotidiens de l’armée allemande et séparation du territoire en deux parties : la moitié nord de la France et le littoral atlantique furent occupés par l’armée allemande (zone occupée) et le centre et le sud (zone non-occupée) seraient administrés par un gouvernement français (voir le post sur la France dans la guerre) 1.3 La bataille d’Angleterre et la guerre en Méditerranée Désormais, la Grande Bretagne se trouvait seule face à l’Allemagne. Le premier ministre conservateur, Winston Churchill , prononça devant la Chambre des Communes deux discours qui firent date. Le 13 mai 1940, il déclara : « Je n’ai rien à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur ». Et le 4 juin : « Nous irons jusqu’au bout, nous nous battrons en France, nous nous battrons sur les mers et les océans, nous nous battrons avec toujours plus d’assurance et toujours plus de force dans les airs, nous défendrons notre île, quel qu'en soit le prix. Nous combattrons sur les plages, nous nous battrons sur les pistes d'atterrissage et dans les champs et dans les rues, et sur les collines. Nous ne nous rendrons jamais ( We shall never surrender ) ». Dès le mois d’août 1940, débuta la Bataille d’Angleterre . Hitler avait ordonné une offensive aérienne sur l’Angleterre, qui devait préluder à un débarquement. La Luftwaffe effectua des raids de bombardements massifs sur Londres et les villes industrielles afin de paralyser l’économie britannique et surtout démoraliser la population, ce que les Anglais appelèrent le Blitz . Mais la Royal Air Force parvint à infliger des pertes massives à l’aviation allemande, notamment grâce à l’usage du radar qui permettait de détecter les escadrilles allemandes et de se rendre rapidement à leur rencontre pour les détourner de leur objectif. Le débarquement allemand n’eut jamais lieu mais les bombardements des villes anglaises se poursuivirent tout au long de la guerre. Au sortir de la guerre, de nombreux quartiers des villes anglaises étaient des champs de ruines. Dès le mois de juillet, les Allemands et les Britanniques rivalisèrent de vitesse en Méditerranée. Les Britanniques possédaient des bases à Gibraltar, Malte et Alexandrie. Les Allemands bénéficiaient de l’alliance avec l’Italie. Le 3 juillet 1940, la marine britannique détruisit en quelques minutes la flotte française dans la rade de Mers-el-Kebir , à côté d'Oran, en Algérie. 1 295 marins français, dont 997 pour le seul cuirassé Bretagne , furent tués lors de l’opération. Cette attaque provoqua une énorme vague d’indignation en France et développa un fort sentiment antibritannique qui fut ensuite largement repris par la propagande allemande et la propagande du gouvernement de Vichy. Mais le gouvernement britannique craignait (sans doute à raison) que cette flotte française ne rejoigne la marine allemande qui serait alors devenue invincible en Méditerranée. Dès lors, les principales zones de combat furent la Grèce que les Italiens échouèrent à envahir, ce qui provoqua l’invasion du pays par l’armée allemande en 1941, et la Libye, colonie italienne où la division blindée du général Erwin Rommel, l’ Afrika Korps , repoussa les Britanniques, jusqu’à menacer l’Égypte et le canal de Suez, artère vitale pour l’empire britannique. Des combats eurent également lieu en 1941 en Irak (ancienne possession britannique), en Syrie et au Liban (possessions françaises), dont l’enjeu était également la possession du canal de Suez. Mais la survie de la Grande Bretagne dépendait surtout de la navigation sur l’océan Atlantique et du commerce avec les États-Unis. Or, les sous-marins allemands, depuis les côtes norvégiennes et françaises (où les Allemands construisirent des bases sous-marines résistant aux bombardements à Brest, Lorient, Saint-Nazaire et La Rochelle), menaçaient les convois britanniques et leur occasionnaient de lourdes pertes. Le président américain Roosevelt, inquiet devant les avancées territoriales des forces allemandes et japonaises, défendait l’intervention des États-Unis aux côtés des Britanniques. Mais la majeure partie de l’opinion publique américaine était isolationniste et refusait toute intervention militaire extérieure. Pourtant, Roosevelt céda des destroyers aux Britanniques dès l’été 1940. Depuis 1939, la loi Cash and Carry (« payez et emportez ») obligeait les États belligérants qui souhaitaient acheter des armements aux États-Unis, à les payer cash et les à transporter eux-mêmes. Cette loi était destinée à rassurer l’opinion publique américaine car elle était censée garantir la neutralité des États-Unis. En mars 1941, Roosevelt franchit pourtant une étape en faisant adopter la loi prêt-bail : pour les États étrangers dont la protection constituait un intérêt vital pour la sécurité américaine (traduisez : la Grande Bretagne et plus tard l’URSS), les produits nécessaires à la conduite de la guerre leur seraient livré sous forme de prêts, remboursables plus tard. Cette loi était décisive pour la Grande-Bretagne qui avait épuisé ses réserves monétaires en payant cash les livraisons américaines. De fait, les États-Unis finançaient désormais l’effort de guerre britannique, tout en restant officiellement neutres, pour satisfaire l’opinion publique américaine. Enfin, en août 1941, Roosevelt et Churchill se rencontrèrent au milieu de l’Atlantique. A cette occasion, il publièrent la Charte de l’Atlantique qui énonçait les principes démocratiques selon lesquels le monde devrait être réorganisé après la guerre. 2. La guerre devint mondiale (1941-1942) 2.1 L’offensive allemande contre l’URSS : l’opération Barbarossa Le 22 juin 1941 (le même jour que celui de l’offensive de Napoléon contre l’Empire russe le 22 juin 1812), l’armée allemande et ses alliés finlandais, hongrois et roumains attaquèrent l’URSS. Au total, 3 millions de soldats, 10 000 chars et 3 000 avions furent engagés contre l’URSS. L’offensive allemande fut rapide et brutale car l’armée soviétique, décapitée par les purges staliniennes de 1936-1938, ne s’était pas encore totalement réorganisée. En outre, Staline ordonna aux soldats soviétiques de défendre coûte que coûte leurs positions, ceux qui reculaient étant considérés comme des déserteurs. Ce ordre désastreux eut pour effet la capture en quelques semaines de près de 1,5 millions de soldats soviétiques par l’armée allemande. Durant toute la guerre, plus de 5 millions de soldats soviétiques furent faits prisonniers de guerre . Ils furent parqués dans des camps où ils subirent des mauvais traitements, ils furent sous-alimentés, parfois exécutés. Le racisme et l’anticommunisme des nazis et de l’armée allemande en général expliquent le traitement inhumain des prisonniers de guerre soviétiques dont 3 millions seulement survécurent (à leur libération, ils furent directement internés dans les goulags soviétiques officiellement parce qu’ils étaient des lâches qui avaient préféré capituler plutôt que de mourir au combat, en réalité parce que les souffrances qu’ils avaient endurées lors de leur captivité risquaient de les pousser à formuler des revendications qui auraient gêné Staline). Durant l’été et l’automne 1941, l’armée allemande envahit les pays baltes, la Biélorussie et la plus grande partie de l’Ukraine. Durant cette période commença le génocide des juifs que nous évoquons dans le post sur les génocides. Durant toute la guerre à l'Est, l'armée allemande commit d'innombrables atrocités contre les populations civiles jugées comme inférieures. Cette guerre était conçue par les nazis et par une grande partie des officiers allemands comme une guerre idéologique et raciale, comme une guerre d'anéantissement des juifs, des communistes et des populations slaves en général. On a cru longtemps que les crimes de guerre à l'Est avaient été commis uniquement par les SS et que les soldats de la Wehrmacht avaient su garder leur intégrité morale. Or, nous savons maintenant que la Wehrmacht a commis des crimes de guerre contre les populations civiles et parfois même contribué au génocide. En novembre 1941, le front se stabilisa devant Leningrad au nord (un million de personnes moururent de faim et dans les bombardement durant le siège de Leningrad par l’armée allemande), et devant le Donbass, en Ukraine, au sud. L’offensive allemande fut stoppée à 20 km de Moscou par des contre-offensives soviétiques, en décembre. L’hiver fut terrible pour les soldats allemands qui n’étaient pas équipés contre le froid et qui subirent des contre-attaques soviétiques qui permirent de dégager Moscou. Cet épisode marqua surtout la fin du blitzkrieg à l'Est. 2.2 L’attaque japonaise et l’entrée en guerre des États-Unis Depuis 1937, le Japon menait la guerre en Chine. La défaite française et l’affaiblissement de la Grande Bretagne lui permirent d’étendre sa zone d’influence sur leurs colonies d'Asie du Sud-Est afin de mettre la main sur les ressources nécessaires à son industrie de guerre. Par exemple, en juillet 1941, les Japonais occupèrent toute l’Indochine française qui produisait notamment du caoutchouc, matière première essentielle pour les véhicules militaires. Cependant, pour conquérir de nouveaux territoires, la Japon devait affronter nécessairement les États-Unis qui possédaient des bases navales aux Philippines ainsi que de nombreuses îles dans le Pacifique. Le 7 décembre 1941, par surprise et sans déclaration de guerre, les forces aéronavales japonaises bombardèrent la base maritime américaine de Pearl Harbor , dans l’une des îles Hawaï. La plus grande partie de la flotte américaine du Pacifique fut détruite. Cette agression provoqua l’entrée en guerre des États-Unis. Désormais, la totalité du monde était engagé dans la guerre. Document : The USS Arizona (BB-39) burning after the Japanese attack on Pearl Harbor, 7 December 1941. Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:The_USS_Arizona_(BB-39)_burning_after_the_Japanese_attack_on_Pearl_Harbor_-_NARA_195617_-_Edit.jpg Très rapidement, les Japonais acquirent une supériorité navale incontestée dans le Pacifique et en Asie du Sud-Est. Durant l’hiver 1941 et le printemps 1942, ils s’emparèrent des îles américaines de Guam et de Wake, ils débarquèrent aux Philippines, ils s’emparèrent de l’Indonésie hollandaise, de la Birmanie britannique, de Hong-Kong et de Singapour qui étaient également britanniques. Source : La deuxième Guerre mondiale, récits et mémoire. Numéro spécial du Monde , mars 1994. 3. De la suprématie des forces de l’Axe à la victoire des Alliés (1942-1945) 3.1 L’Europe sous la domination nazie L’année 1942 marque l’apogée de la domination nazie sur l’Europe Le Grand Reich était composé des territoires peuplés par les populations germanophones ainsi que les territoires assimilés par les nazis au Lebensraum : la Pologne réduite à un Gouvernement général dépendant du Grand Reich et les deux Commissariats du Reich de l’Ostland et de l’Ukraine. Ces territoires furent pillés par les Allemands, les populations civiles furent décimées, parfois réduites en esclavage et les femmes souvent déportées comme main d’œuvre dans les usines en Allemagne. De nombreux partisans y poursuivirent le combat contre l’armée allemande aux prix de grandes difficultés. Ces territoires furent également le lieu de la Shoah : après la concentration des juifs dans les ghettos et la Shoah par balles, les centres de mise à mort y furent installés à partir de 1942. L'historien américain Timothy Snider a nommé l'ensemble de ces territoires les "terres de sang". Les États satellites d’Europe centrale et des Balkans, même s’ils étaient officiellement souverains, dépendaient du bon vouloir des Allemands. Ils fournissaient des ressources au Grand Reich ainsi que des forces militaires. Au-delà, se trouvaient des pays soumis à une occupation militaire : Norvège, Danemark, Pays-Bas, Belgique, Nord de la France, Grèce. Ils fournissaient à l’Allemagne des ressources financières, des produits agricoles et industriels. A partir de 1942, les jeunes gens de ces pays furent forcés d’aller travailler en Allemagne. Un certain nombre d’entre eux y échappèrent en s’engageant dans la clandestinité. Enfin, le sud de la France était administré par le régime de Vichy qui pratiquait une politique de collaboration avec l’Allemagne nazie. Source : https://www.secondeguerre.net/hisetpo/gu/hp_europenazie.html Il ne faut pas oublier non plus un phénomène qui ne peut être cartographié, à savoir les gigantesques déportations du travail. En effet, comme les hommes allemands étaient mobilisés dans les armées, et comme les femmes étaient confinées aux tâches domestiques par l'idéologie nazie, l'Allemagne nazie consomma un volume considérable de travailleuses et de travailleurs forcés, déportés depuis les territoires occupés vers le territoire du Reich, pour alimenter la machine de guerre nazie : des femmes capturées en Ukraine, en Biélorussie et en Russie, des prisonniers de guerre français, des hommes et des femmes d'Europe occidentale (volontaires ou contraints). En février 1944, 7,3 millions d'étrangers travaillaient sous la contrainte en Allemagne. Cela conduisit à un énorme paradoxe : alors que les nazis prétendaient protéger la pureté de la race allemande, ils avaient transformé l'Allemagne en un gigantesque camp de travail où se croisaient des populations "ennemies" venues de l'Europe entière. De même, les combats virent la destruction des jeunes hommes qui devaient pourtant constituer la base du Reich millénaire. Le nombre de soldats allemands tués au combat connut en effet une forte croissance : 357 000 morts en 1941, 572 000 en 1942, 812 000 en 1943, 3,3 millions entre l'été 1944 et l'été 1945. L’Europe sous domination nazie était parsemée de camps de concentration et de centres de mise à mort . Les camps de concentration étaient situés surtout sur le territoire de l’Allemagne et de l’Autriche. Ils avaient été ouverts dès 1933 en Allemagne pour enfermer les opposants politiques (essentiellement les communistes) mais également les délinquants et les criminels (les droits communs), sous l’autorité de gardes SS. Les détenus étaient soumis au travail forcé et aux mauvaise traitements. Les prisonniers de droit commun exerçaient les fonctions subalternes de surveillance et avaient tous les pouvoirs pour affamer, maltraiter, rançonner les prisonniers politiques. Dans certains camps (par exemple à Buchenwald), les détenus communistes parvinrent à éliminer les droits communs et à assurer la gestion du camp, ce qui permit à certains d’entre eux de survivre jusqu’à l’effondrement du Troisième Reich. Une fois la guerre venue, les camps de concentrations servirent à enfermer également les résistants des différents pays européens conquis par l'armée allemande, ainsi que de nombreux civils des pays de l’Est et parfois des soldats soviétiques. On estime que près des deux tiers des déportés disparurent dans ces camps. Ce qui est appelé « camp d’extermination » sur la carte ci-dessous étaient en réalité des « centres de mise à mort ». Il ne s’agissait pas de « camps » dans la mesure où ne s’y trouvaient que des baraquements pour les gardes et quelques Juifs asservis servant dans les chambres à gaz et des fosses communes. Les juifs déportés des principaux ghettos polonais étaient tous assassinés dans les chambres à gaz dès l'arrivée de leur train. Le camp d’Auschwitz constituait une exception puisqu’il était composé de deux camps de concentration (Auschwitz I et Auschwitz III Monowitz où étaient installée des usines) et d’un centre de mise à mort installé dans la camp d’Auschwitz II Birkenau. C’est la raison pour laquelle les juifs déportés à Auschwitz depuis l’Europe de l’Ouest et du Sud subissaient une « sélection » dès leur descente du train. Les adultes en bonne santé étaient sélectionnés pour travailler tandis que les autres personnes étaient assassinés le jour même (voir le post sur les génocides). Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Camps_de_concentration_nazis#/media/Fichier:WW2_Holocaust_Europe_N-E_map-fr.svg 3.2 Les tournants de la guerre (1942-1943) Dès 1943, l’équilibre des forces en Europe et dans le Pacifique fut renversé au profit des Alliés. En URSS, les usines de l’ouest de la Russie avaient été démontées et remontées dans la région de l’Oural où elles furent mise au service de la production de guerre. De leur côté, les États-Unis mirent en place le Victory program qui permit de fabriquer des navires de guerre, des avions et des chars en grande quantité et en un temps record. Les Etats-Unis fournirent également un grand nombre de matériels militaire à la Grande Bretagne et à l'Union soviétique (des camions Studebaker et des équipements aéronautiques pour cette dernière). Mais le tournant majeur de la guerre fut la défaite allemande à Stalingrad . Durant l’été 1942, l’armée allemande tenta une percée vers le sud-est de la Russie pour s’emparer des champs de pétrole de Bakou. Elle atteignit seulement la Volga et la ville industrielle de Stalingrad transformée en camp retranché par les Soviétiques. L'artillerie et l'aviation allemandes la bombardèrent systématiquement. Une gigantesque bataille eut lieu dans les ruines des usines de la ville et autour de la ville, dont le nom devint le symbole de la résistance de l’armée soviétique. Staline exigea que la ville, en raison de son nom, soit défendue coûte que coûte et, de son côté, Hitler interdit à l’armée allemande de reculer. Celle-ci fut fixée à Stalingrad puis encerclée par l’armée soviétique en décembre. Le 2 février 1943, le général Von Paulus capitula. Sur les 300 000 soldats allemands, roumains et hongrois du départ, seuls 90 000 soldats, qui avaient pu rester vivants, surmonter la faim et le froid, furent faits prisonniers. 6 000 revinrent de leur captivité dans les camps soviétiques. On estime à près d'un million le nombre total de victimes civiles et militaires de cette bataille. A partir de cette date, l’armée allemande ne cessa de reculer devant l’armée soviétique qui remporta notamment en juillet 1943 la bataille de Koursk, la plus grande bataille de chars de l’histoire (au passage, il n'est sans doute pas anodin que l'armée ukrainienne ait attaqué l'oblast de Koursk durant l'été 2024 en raison du poids symbolique de ce nom). Parallèlement, les Britanniques dirigés par le général Montgomery remportèrent la bataille d’ El-Alamein en Libye en octobre 1942, et sauvèrent l’Égypte et le canal de Suez de la menace des blindés du général Rommel. Les Américains effectuèrent un débarquement en Afrique du nord (Casablanca, Oran, Alger), administrée par le régime de Vichy, le 8 novembre 1942. Hitler réagit en faisant envahir la zone non-occupée en France : désormais, toute la France était occupée par l’armée allemande. Les Allemands et les Italiens abandonnèrent la Libye et se fortifièrent en Tunisie pour bloquer l’avancée des Américains. Les Américains renversèrent également le rapport de force dans le Pacifique. Sous l’impulsion de l’amiral Nimitz, ils reconstituèrent leur flotte de guerre et l’organisèrent en Task forces réunissant différents types de navires autour d’un porte-avions. Ils remportèrent une première victoire aéronavale contre la flotte japonaise dans l’archipel de Midway , les 4 et 5 juin 1942. Dès lors, ils progressèrent d’île en île, en procédant par bonds successifs pour s’emparer, les unes après les autres, des îles puissamment fortifiées par les Japonais. Les débarquements des Marines étaient précédés de bombardements intenses et donnaient lieu à des combats acharnés et très coûteux en vies humaines. Les Américains reprirent les Philippines en février 1945, s’emparèrent d’Iwo Jima (voir à ce sujet les deux grands films de Clint Eastwood, Mémoires de nos pères et Lettres d’Iwo Jima ) puis de l’île d’Okinawa en mai 1945. Depuis ces îles, leurs bombardiers pouvaient désormais atteindre le Japon et le bombarder. Document : Des Marines plantent le drapeau pendant la bataille d'Iwo Jima, le 23 février 1945 . Photographie de Joe Rosenthal. Cette image est l'image emblématique de la Bataille du Pacifique. Pour connaitre l'histoire de cette image, il faut voir Mémoires de nos Pères, le film de Clint Eastwood. Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Raising_the_Flag_on_Iwo_Jima,_larger_-_edit1.jpg Source : La deuxième Guerre mondiale, récits et mémoire. Numéro spécial du Monde , mars 1994. 3.3 Vers la victoire des Alliés (1944-1945) En juillet 1943, les Alliés effectuèrent le débarquement en Sicile puis en Italie du Sud, depuis l'Afrique du Nord. Le 24 juillet 1943 Mussolini fut démis de ses fonctions et remplacé par le général Badoglio qui négocia avec les Alliés un armistice, signé le 3 septembre. Mais l’armée allemande envahit alors l’Italie et les Alliés furent contraints de l'affronter lors de très dures batailles. L’une des principales fut la bataille de Monte Cassino en mai 1944, où s’illustrèrent notamment les troupes françaises libres du général Juin, composées pour une grande partie de soldats algériens et marocains. Pendant ce temps, Mussolini, qui avait été mis en prison par le gouvernement italien puis libéré par des parachutistes allemands dirigés par Otto Skorzeny, créa la République fasciste italienne de Salo dans le nord de l’Italie, soutenue par l’armée allemande. Elle résista aux assauts des Alliés et des partisans italiens jusqu’au début de 1945. Le 6 juin 1944, les Alliés dirigés par le général américain Eisenhower, débarquèrent en Normandie . L’opération était délicate car les Allemands avaient fortifié toutes les côtes de l’Atlantique du Mur de l’Atlantique constitué de blockhaus et de défenses anti-aériennes. Malgré la boucherie de la plage d'Omaha Beach (4 000 morts) dévolue aux Américains, les Alliés purent établir une tête de pont mais, durant plusieurs jours, le risque fut grand de les voir repoussés par l’armée allemande. En juin et juillet 1944 eut lieu la « bataille du bocage », une horrible boucherie au cours de laquelle les soldats alliés et allemands se combattirent dans les haies du bocage normand. Les civils normands payèrent un lourd tribun puisque 8 000 d'entre eux périrent sous els bombardements de juin-juillet 1944. Leur supériorité matérielle et humaine permit aux Alliés de l’emporter au prix de très lourdes pertes. Encadré : deux films sur le débarquement de Normandie Nous connaissons toutes et tous les grands films américains concernant le débarquement en Normandie, Le jour le plus long (1962) et Il faut sauver le soldat Ryan (1998). Ils ont déterminé notre façon de voir cet événement. Comme ils pointent logiquement la focale sur les soldats américains, ils nous font oublier le rôle principal joué par les soldats de l’Empire britannique qui étaient bien plus nombreux que les Américains. Ensuite, Le jour le plus long, centré sur la seule journée du 6 juin 1944, a longtemps amené à penser que le plus difficile avait été réalisé à l’issue de cette journée et que John Wayne, sur sa brouette, allait facilement partir à l’assaut de la Normandie et de la France lors des jours suivants. Les tribulations de Tom Hanks, dans Il faut sauver le soldat Ryan, rappellent au contraire que les journées et les semaines qui suivirent le débarquement furent très difficiles. Ce film fait écho aux travaux des historiens qui ont renseigné l’horreur de la guerre du bocage, très dure à la fois pour les soldats et pour les civils normands victimes des bombardements alliés. Il nous invite à penser le débarquement au-delà de la journée du 6 juin, sur le temps plus long des mois de juin et de juillet. Le second film, sans doute plus juste sur le plan historique, a remplacé le premier dans notre représentation de l’événement. Les troupes alliées qui combattaient en Italie débarquèrent en Provence le 15 août 1944. Parmi ces troupes, se trouvaient les troupes françaises libres composées d’un grand nombre de combattants algériens et marocains. Elles remontèrent la vallée du Rhône pour effectuer la jonction avec les troupes alliées débarquées en Normandie. Certains généraux allemands commencèrent à douter de la possibilité de l'emporter et des capacités d'Hitler à mener le combat. Ces généraux conservateurs, souvent issus de la noblesse prussienne, pas vraiment démocrates et qui avaient soutenu Hitler dans son effort de réarmement de l'Allemagne, organisèrent un attentat contre Hitler. Leur objectif était de conclure une paix séparée avec la Alliés occidentaux et de prendre le pouvoir en Allemagne, et éventuellement de poursuivre la guerre contre le communisme. L'explosion de la bombe déposée le 20 juillet 1944 par le colonel von Stauffenberg dans le quartier général d'Hitler en Prusse orientale n'occasionna que des blessures légères à ce dernier. La répression fut terrible : près de 5 000 officiers furent torturés et exécutés. Les nazis purent alors occuper l'essentiel des postes de direction de l'armée allemande. Cependant, les Alliés piétinèrent devant la frontière allemande au cours de l’hiver 1944-1945. Leurs lignes de ravitaillement étaient très étirées depuis les ports de la Normandie et les soldats manquaient de vivres et de nourriture. Par exemple, le ravitaillement américain était débarqué dans le port de Granville et acheminé par camions sur des routes en mauvais état, jusqu’à la frontière belge. Ces capacités de transports limitées réduisaient les capacités d’approvisionnement des troupes américaines. Surtout, l’armée allemande réalisa une contre-offensive dans les Ardennes en décembre 1944, qui mit les Alliés en difficulté durant plusieurs semaines. La victoire sur l'Allemagne nazie fut durement acquise. L'armée allemande se défendit jusqu'au bout, épaulée par les jeunes allemands fanatisés qui s'engagèrent également dans les combats. Le film Fury , avec Brad Pitt, montre l'accablement des soldats américains subissant de lourdes pertes jusqu'au dernier moment, mais aussi celui des civils allemands désespérés et maintenus dans la terreur par le régime nazi. 3.4. L’organisation de la victoire et de la paix Après s’être réunis à Téhéran en novembre 1943 pour fixer la stratégie militaire et évoquer l’ouverture d’un second front en France, Churchill, Roosevelt et Staline se réunirent à Yalta , en Crimée, en février 1945. L’objectif était d’organiser la paix, une fois l’Allemagne nazie vaincue. La déclaration finale de la conférence garantissait des élections libres afin d’élire des gouvernements représentatifs garants de la démocratie, dans tous les pays d’Europe libérés. Cependant, cette déclaration ne fut pas vraiment respectée dans les pays d’Europe de l’Est libérés par l’armée soviétique. Document : Churchill, Roosevelt et Staline à la conférence de Yalta . Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf é rence_de_Yalta#/media/Fichier:Yalta_Conference_1945_Churchill,_Stalin,_Roosevelt.jpg Au début de 1945, l’offensive contre l’Allemagne fut générale. Alors que les combats faisaient rage aux frontières de l’Allemagne, les escadrilles britanniques et les américaines bombardaient systématiquement les villes allemandes. La raison officielle de ces bombardements était la destruction des usines, des nœuds de communication et des objectifs militaires. De fait, ce furent surtout les villes qui furent détruites car les Allemands avaient réussi à enterrer ou déplacer leurs usines. En juillet 1943, la ville de Hambourg fut réduite en cendres par des bombes incendiaires lors de l'opération américano-britannique "Gomorrhe" qui fit environ 40 000 morts. Les 13 et 14 février 1945, des vagues de d'avions britanniques et américains bombardèrent la ville de Dresde peuplée de 600 000 habitants auxquels s'ajoutaient 300 000 réfugiés. La première vague de bombardiers lâcha des centaines de milliers de bombes de forte puissance pour briser les fenêtres et les toitures. La seconde vague lâcha des des bombes incendiaires au phosphore qui provoquèrent des incendies dont la propagation était favorisée par les destructi ons précédentes. On ne sait pas exactement combien de personnes disparurent car, dans de nombreux abris ne subsistaient plus que d'épaisses couches de cendres. Les évaluations vont de 25 000 à 100 000 morts. Cette ville ne présentait aucun intérêt stratégique, elle n'accueillait ni usines ni casernes. Il est fort probable que ce type de bombardement était destiné à briser psychologiquement la population civile. Du côté soviétique, la terreur était moins industrielle : pillages, massacres de masse, viol systématique de toutes les femmes allemandes. Une course de vitesse s’engagea entre les Britanniques et les Américains d’une part, et les Soviétiques d’autre part. Même s’ils étaient alliés, les deux camps souhaitaient conquérir le plus possible de territoires allemands afin d’être en position de force face à l’autre camp pour organiser la paix. Finalement, l’armée soviétique parvint à Berlin le 19 avril où elle livra des combats acharnés dans les ruines de la ville. Le suicide d’Hitler, le 2 mai, permit de mettre fin à la résistance des Allemands. La capitulation sans condition fut signée à Reims le 8 mai 1945, et confirmée à Berlin avec les Soviétiques le 9 mai 1945. Les dirigeants des trois puissances victorieuses se réunirent à Potsdam du 17 juillet au 2 août 1945 : Churchill (remplacé au cours de la conférence par le travailliste Atlee qui venait de gagner les élections en Grande-Bretagne), Truman (qui avait remplacé Roosevelt mort le 12 avril 1945) et Staline. Document : Churchill, Truman et Staline à la conférence de Potsdam. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf é rence_de_Potsdam#/media/Fichier:L_to_R,_British_Prime_Minister_Winston_Churchill,_President_Harry_S._Truman,_and_Soviet_leader_Josef_Stalin_in_the..._-_NARA_-_198958.jpg Les Alliés se mirent d’accord sur le statut de l’Allemagne (occupée militairement et divisée en quatre zones d’occupation soviétique, américaine, britannique et française, de même pour la ville de Berlin située au milieu de la zone d’occupation soviétique) et sur le déplacement des frontières de la Pologne vers l’ouest jusqu’à la ligne Oder-Neisse. L’entrée en guerre de l’URSS contre le Japon fut également évoquée. Mais les tension demeurèrent sur la nature des régimes politiques inféodés à l’URSS qui se mettaient progressivement en place en Europe de l’Est. Pendant ce temps, la guerre faisait toujours rage dans le Pacifique. A partir du printemps 1945, après la prise des iles d'Iwo Jima et d'Okinawa et de leurs aéroports, l’aviation américaine bombarda systématiquement les villes japonaises, occasionnant de très lourdes pertes civiles. Le président américain Truman décida le bombardement atomique d’ Hiroshima le 6 août 1945 et de Nagasaki le 9 août 1945. L’argument officiel était que ce bombardement aurait mis directement fin à la guerre et épargné un million de vies humaines qui auraient été détruites par un débarquement américain au Japon. En réalité, on sait que le Japon n’était plus qu’un champ de ruines et que l’empereur du Japon avait essayé d’engager des pourparlers de paix dès le mois de juillet. La raison du bombardement atomique est sans doute ailleurs. En vertu des accords de Potsdam, les Soviétiques avançaient alors en Corée pour combattre les Japonais et ils se rapprochaient dangereusement des intérêts américains. Il est donc possible que ces bombardements atomiques constituaient un message en direction des Soviétiques. Le 2 septembre 1945, les représentants du Japon signèrent la capitulation du Japon à bord de l’ USS Missouri . Les Américains avaient déjà commencé à occuper le Japon. Conclusion Le bilan de la Deuxième Guerre mondiale est bien connu. Des pays entiers étaient en ruine : le Japon, l'Allemagne, la Pologne, La Biélorussie, l'Ukraine, l'ouest de la Russie. L'Italie, la France et la Grande Bretagne étaient économiquement exsangues. Seuls les Etats-Unis sortirent renforcés sur le plan économique. Le bilan humain est terrible : entre 60 et 70 millions de morts, dont la plus grande partie était constituée de civils, victimes de génocide, victimes d'exactions et des bombardements, victimes de la faim (par exemple, 1,5 millions de morts de faim au Bengale) et de maladies. L'Union soviétique perdit entre 22 et 27 millions de personnes, l'Allemagne entre 6 et 8 millions, le Japon entre 2,5 et 3 millions, la Chine entre 10 et 20 millions. L'humanité sortit également traumatisée de la guerre. Les images des camps de concentration libérés par les armées alliées au printemps 1945 montrèrent l'ampleur des mauvais traitements qui pouvaient être infligés à des êtres humains. Le bombardement atomique de Hiroshima et Nagasaki firent prendre conscience à l'humanité qu'elle disposait désormais de moyens de destruction massifs. Vingt-quatre dirigeants nazis furent jugés par les Alliés lors du procès de Nuremberg qui s'est tenu du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946. Ils furent jugés pour complot, crimes contre la paix, crimes de guerre, et crimes contre l'humanité. De même, vingt-huit dirigeants japonais (mais pas l'empereur) furent jugés pour des motifs identiques lors du procès de Tokyo, en 1946.

  • Sujet possible : Napoléon Bonaparte, du général à l'Empereur / Se déplacer : l'aéroport Roissy-CDG

    Didier Cariou, Université de Brest Composante histoire (12 points) 1. En vous appuyant sur le dossier documentaire, identifiez et définissez les objectifs notionnels qui peuvent être travaillés avec les élèves à partir des documents 2 à 10 pour le traitement de la séquence sur : « Napoléon Bonaparte, du général à l’Empereur, de la Révolution à l’Empire ». 2. Pour conclure le chapitre sur « le temps de la Révolution et de l’Empire », vous décidez de travailler sur le rôle historique de Napoléon Bonaparte. Indiquez les titres des différentes séances envisagées ; développez – au choix – une des séances en définissant les objectifs d’apprentissage et les compétences travaillées. Indiquez précisément quels documents issus du dossier documentaire vous utiliserez et détaillez l’exploitation pédagogique de l’un de ces documents. Composante géographie (8 points) 3. À partir du dossier documentaire (documents 11 à 16), identifiez et définissez les notions essentielles qu’il faudrait faire découvrir et comprendre aux élèves lors de la l’étude d’un aménagement de transport : le cas de l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle. 4. Vous décidez d’exploiter les documents 15 et16 en classe : quels choix opérez-vous pour conduire cette exploitation ? Document 1 : Extrait du programme du cycle 3, classe de CM1 (2020 Document 2 : Une représentation du coup d’État des 18-19 brumaire an VIII (9-10 novembre 1799). Légende : « Séance du Conseil des Cinq-Cents tenue à St Cloud le 19 brumaire an huit : les braves grenadiers du corps législatif en sauvant Buonaparte ont sauvé la France », par Jean-Baptiste MORRET (1799) © BnF Source : https://www.napoleon.org/histoire-des-2-empires/iconographie/seance-du-conseil-des-cinq-cents-tenue-a-st-cloud-le-19-brumaire-an-huit-les-braves-grenadiers-du-corps-legislatif-en-sauvant-buonaparte-ont-sauve-la-france/ Document 3: Portrait de Napoléon Bonaparte en costume de premier consul en 1802, par Document 4 : L’uniforme des lycéens Antoine-Jean Gros . du Premier Empire Document 5 : Une pièce de 40 francs en or, 1804 Document 6: La circulaire du 21 Ventôse an VIII (17 février 1800) envoyée par Lucien Bonaparte, ministre de l’intérieur, aux préfets Vous êtes appelé à seconder le gouvernement dans le noble dessein de restituer la France à son antique splendeur, d'y ranimer ce qu'elle a jamais produit de grand et de généreux, et d'asseoir enfin ce magnifique édifice sur les bases inébranlables de la liberté et de l'égalité (…).Votre premier soin doit être de détruire sans retour dans votre département l’influence morale des événements qui nous ont trop longtemps dominés. Faites que les passions haineuses cessent, que les ressentiments s’éteignent, que les souvenirs douloureux s'effacent (…). Ralliez tous les cœurs dans un sentiment commun, l'amour de la patrie (…). Dans vos actes publics, et jusque dans votre conduite privée, soyez toujours le premier magistrat du département, jamais l'homme de la révolution (…). Vos attributions sont multipliées; elles embrassent tout ce qui tient à la fortune publique, à la prospérité nationale, au repos des administrés (…). A la tête de ces mesures, je place la prompte rentrée des contributions ; leur acquittement est aujourd’hui un devoir sacré(…). Vous surveillerez avec sévérité toutes les caisses de votre département. De longs abus dans le maniement des deniers publics ont excités une juste défiance (…). La répression de tous les abus administratifs vous appartient (…). Aimez, honorez les agriculteurs. Protégez le commerce, sa liberté de peut avoir d’autre borne que l’intérêt de l’État. Visitez les manufactures (…). Encouragez les arts qui sont les fruits les plus heureux de la civilisation (…). Vous savez que la facilité des communications est l'un des premiers besoins de l'agriculture et du commerce (…), vous aurez à vous en occuper sans relâche (…). Occupez -vous de la génération qui monte : donnez des soins à l'éducation publique. Formez des hommes, des citoyens, des Français(…). Vos succès feront la gloire du gouvernement et la prospérité publique deviendra votre récompense. L'influence de vos travaux peut être telle que dans quelque mois le voyageur, en parcourant votre département, dise avec douce émotion : Ici, administre un homme de bien. Aidez donc le gouvernement à rendre à la France cette splendeur et surtout ce bonheur qu’elle n’aurait jamais dû perdre. Source : https://www.meuse.gouv.fr/layout/set/print/Services-de-l-Etat/Prefecture-et-sous-prefectures/La-Prefecture-de-la-Meuse/Histoire-des-prefets Document 7: Loi rétablissant l’esclavage dans les colonies françaises le 30 floréal an X (20 mai 1802) Loi du 30 floréal an X (20 mai 1802) sur la traite des Noirs et le régime des colonies, Centre des Archives d'Outre-Mer. © WikimediaCommons, Sejan-Travail personnel, CC BY-SA 3.0 Source : https://www.napoleon.org/enseignants/documents/video-napoleon-bonaparte-et-le-retablissement-de-lesclavage-20-mai-1802-5-min-40/ Document 8 : Le Code civil des Français, 1804 (extraits) 8. Tout Français jouira des droits civils. 371. L’enfant, à tout âge, doit honneur et respect à ses père et mère. 372. Il reste sous leur autorité jusqu’à sa majorité ou son émancipation. 373. Le père seul exerce cette autorité durant le mariage. 374. L’enfant ne peut quitter la maison paternelle sans la permission de son père, si ce n’est pour enrôlement volontaire, après l’âge de dix-huit ans révolus. 375. Le père qui aura des sujets de mécontentement très-graves sur la conduite d’un enfant, aura les moyens de correction suivans. 376. Si l’enfant est âgé de moins de seize ans commencés, le père pourra le faire détenir pendant un temps qui ne pourra excéder un mois ; et, à cet effet, le président du tribunal d’arrondissement devra, sur sa demande, délivrer l’ordre d’arrestation. 377.Depuis l’âge de seize ans commencés jusqu’à la majorité ou l’émancipation, le père pourra seulement requérir la détention de son enfant pendant six mois au plus ; il s’adressera au président dudit tribunal, qui, après en avoir conféré avec le commissaire du Gouvernement, délivrera l’ordre d’arrestation ou le refusera, et pourra, dans le premier cas, abréger le temps de la détention requis par le père. Document 9 : Napoléon se couronne lui-même, le 2 décembre 1804 L’empereur Napoléon se couronnant lui-même. Dessin de David. Paris, Musée du Louvre. https://commons.wikimedia.org/wiki/File:David_-_L'Empereur_Napoleon_se_couronnant_lui-meme.png Document 10 : Le serment prononcé par Napoléon lors de la cérémonie du sacre du 2 décembre 1804 « Je jure de maintenir l'intégrité du territoire de la République, de respecter les lois du Concordat et de la liberté des cultes ; de respecter et de faire respecter l'égalité des droits, la liberté politique et civile, l'irrévocabilité des ventes des biens nationaux ; de ne lever aucun impôt, de n'établir aucune taxe qu'en vertu de la loi ; de maintenir l'institution de la Légion d'honneur ; de gouverner dans la seule vue de l'intérêt, du bonheur et de la gloire du peuple français ». Document 11 : Extrait de la fiche EDUSCOL « Se déplacer », classe de CM2 Thème 1 - Se déplacer • Se déplacer au quotidien en France • Se déplacer au quotidien dans un autre lieu du monde. • Se déplacer de ville en ville, en France, en Europe et dans le monde. Présenter un aménagement de transports L’étude peut s’organiser à partir de la présentation d’un aménagement de transports, comme un aéroport international : Roissy-Charles-de-Gaulle, Nice, Toulouse, Lyon St-Exupéry. Ce type d’exemple permet de relever la diversité des moyens de déplacement rassemblés en un seul lieu et des différentes échelles de mobilités : locale avec le tramway, régionale avec la route ou l’autoroute, nationale avec le TGV et les vols nationaux, internationale. Un témoignage de professionnel effectuant des déplacements internationaux réguliers peut permettre de saisir ce que signifie se déplacer sur des longues distances. Ex : un pilote d’avion de ligne, un routier… C’est par ces exemples que la diversité des moyens de transport, des durées de parcours, peut être abordée, tout comme la qualité des aménagements routiers, ferroviaires ou aéroportuaires, indispensables aux déplacements des individus. Cette dernière thématique permet d’utiliser des cartes à d’autres échelles spatiales : cartes des réseaux autoroutiers, des LGV, des vols long-courriers, qui permettent de fixer quelques repères géographiques. À l’aide du planisphère et du globe terrestre, l’enseignant peut montrer les distances exprimées en kilomètres, mais aussi en temps de transport. L’appui sur la carte des fuseaux horaires peut être également recherché. Document 12 : Plan de l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle Source : https://fr.maps-paris.com/cartes-de-paris-a%C3%A9roport/l%27a%C3%A9roport-charles-de-gaulle-carte Document 13 : Vue du Terminal 2 de l’aéroport Paris-CDG Source : https://www.urbanistesdesterritoires.com/roissy-charles-de-gaulle-un-territoire-indecidable-par-jacques-grange/ Document 14 : Les destinations aériennes à partir de l’aéroport Paris-CDG Source : https://www.flightsfrom.com/explorer/CDG?mapview Document 15 : Les concentrations moyennes de dioxyde d’azote en microgrammes / m³ en 2017 dans le nord-est de la région parisienne. Données Airparif Source : https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-35817-deliberation-creation-t4-roissy.pdf Document 16: Carte d’exposition au bruit à long terme de l’aéroport Paris-CDG. Source : Ministère de la transition écologique et solidaire (en bleu : nuisance modérée, en rouge : nuisance très forte) Source : https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-35817-deliberation-creation-t4-roissy.pdf Propositions de corrigé Didier Cariou, université de Brest Composante histoire (12 points) 1. En vous appuyant sur le dossier documentaire, identifiez et définissez les objectifs notionnels qui peuvent être travaillés avec les élèves à partir des documents 2 à 10 pour le traitement de la séquence sur : « Napoléon Bonaparte, du général à l’Empereur, de la Révolution à l’Empire ». Le thème « Napoléon Bonaparte du général à l’empereur, de la Révolution à l’Empire » intervient à la fin de la séquence sur « Le temps de la Révolution et de l’Empire », qui est la dernière séquence de la classe de CM1. L’objectif de ce thème est de montrer aux élèves qu’un général s’empare du pouvoir par la force, qu’il met en place une dictature militaire qui, paradoxalement, permet de sauvegarder les principaux acquis de la Révolution. Il organise les fondements de la société toujours en place aujourd’hui. Les documents proposés dans le dossier permettent d’envisager la plupart des aspects de l’œuvre de Napoléon Bonaparte. Attention : Napoléon Bonaparte est appelé Bonaparte jusqu’en 1804, puis Napoléon quand il devient empereur Document 2 : cette gravure décrit le coup d’État du 19 brumaire an VIII. Bonaparte s’impose aux membres du conseil des 500 dont certains s’enfuient par la fenêtre. Ce document montre que Bonaparte a mis en place une dictature (le Consulat, de 1799 à 1804) par un coup d’État militaire qui met fin à la période de la Révolution (1789-1799). Attention, ce document est de la propagande, il cherche à faire croire que Bonaparte a été agressé alors qu’il fait un coup d’État ! Document 3 : Le portrait de Bonaparte en costume de 1er consul (qui dirige le pouvoir exécutif) montre un costume militaire (bottes de cavalier, gants, culotte de cheval, épée). Le geste de la main vers les liasses de textes qui signale la prise de décision solitaire. Son regard est tourné vers l'avenir Document 4 : décrit l’uniforme des lycéens et signale la dimension militaire de l’éducation dans les lycées créés en 1802 (une masse de granite) Document 5 : la pièce de 40 francs représente Bonaparte, 1er consul, de profil, comme un empereur romain. On retrouve la couronne de laurier romaine au revers. Cela signale la personnification du pouvoir du 1er consul et sa dimension autoritaire qui annonce la mise en place de l’Empire. Le franc germinal (1802), émis par la Banque de France (1800) est une autre masse de granite qui a permis le redémarrage de l’économie. Document 6 : la circulaire du ministre de l’intérieur Lucien Bonaparte (le frère) aux préfets (une autre masse de granite) permet de comprendre la nature des pouvoirs du préfet. Il rappelle que le préfet dirige le département (« premier magistrat du département ») et qu’il en dirige tous les aspects : impôts et finances, soutien à l’agriculture et au commerce, école, etc. Il est également chargé du maintien de l’ordre dans le département, y compris de la répression des mouvements politiques issus de la Révolution (« détruire sans retour dans votre département l’influence moral des événements qui nous ont trop longtemps dominés »). Document 7 : La loi du 20 mai 1802 rétablit la traite et l’esclavage dans les colonies. Cette loi, appliquée pour répondre aux intérêts des planteurs antillais, annule l’abolition de 1794 et elle est une négation des principes de 1789 (liberté, égalité). Document 8 : le Code civil (une masse de granite), recueil des lois adoptées depuis 1800, organise tous les aspects des relations sociales et garantit les principaux acquis de 1789 (art. 8 : égalité de tous les citoyens qui bénéficient de tous les droits). Le code civil introduit cependant une vision autoritaire de la société et de la famille : le père exerce seul l’autorité parentale sur les enfants, il peut les faire mettre en prison. Souvent modifié, il reste encore le principal document juridique en France aujourd’hui. Document 9 : Le dessin de David montre Napoléon se couronnant lui-même lors de la cérémonie du sacre en 1804 et tenant son épée à la main, alors que le pape reste assis sur son trône. Il montre ainsi qu’il ne doit son pouvoir qu’à lui-même et à sa force militaire. L’Empire apparaît ici comme une dictature militaire. Le fait de se couronner soi-même est une totale transgression des usages et montre que Napoléon exerce un pouvoir très particulier. Référence au sacre de Charlemagne ne 800 (référence à l’Empire romain avec la toge et la couronne de laurier, et le pape) Document 10 : Le serment prononcé par Napoléon lors de la cérémonie du sacre montre qu’il s’engage à protéger les acquis de la Révolution (égalité des droits, liberté des cultes, liberté politique et civile, biens nationaux, impôts votés par les assemblées, le bonheur) mais aussi des acquis du Consulat (légion d’honneur) avec une certaine dimension militaire (« la gloire du peuple français »). Conclusion : ces documents permettent de comprendre la nature politique du Consulat et de l’Empire : une dictature militaire qui stabilise certains acquis de la Révolution. 2. Pour conclure le chapitre sur « le temps de la Révolution et de l’Empire », vous décidez de travailler sur le rôle historique de Napoléon Bonaparte. Indiquez les titres des différentes séances envisagées ; développez – au choix – une des séances en définissant les objectifs d’apprentissage et les compétences travaillées. Indiquez précisément quels documents issus du dossier documentaire vous utiliserez et détaillez l’exploitation pédagogique de l’un de ces documents. Séance 1 : L’arrivée au pouvoir de Bonaparte Rappel rapide sur la campagne d’Italie et d’Égypte Le coup d’État de Brumaire an VIII (document 2) Séance 2 : Un régime politique autoritaire Le consulat (1799) (documents 3 et 5) Le contrôle de la population (document 6) et l’autoritarisme (document 8) Séance 3 : La conservation de certains acquis de la Révolution française Le sacre de Napoléon : le tableau de David Le sacre de Napoléon : le dessin de David (document 9) Le serment du sacre (document 10) Nous pouvons développer la séance 3 centrée sur le sacre de Napoléon qui permet de comprendre la nature de ce régime, à la fois dictature militaire et conservation de certains acquis de la Révolution On commence par étudier le tableau du sacre de Napoléon par David. Le but est de faire noter aux élèves que le titre du tableau ne correspond pas à l’action décrite (le couronnement de Joséphine par Napoléon). Pourquoi ? (ici, je propose l’exploitation pédagogique de 2 documents et pas d’un seul) Document 9 : le dessin de David montre Napoléon avec un couronne de laurier sur la tête (empereur romain), se mettre la couronne lui-même sur la tête (geste totalement transgressif) et tenant à sa main son épée. Le pape Pie VII semble prostré sur son trône. Questions posées aux élèves : - Que porte Napoléon sur sa tête ? Une couronne de Laurier - Comment Napoléon est-il habillé ? Comme un empereur romain - Quel geste fait-il ? Il se met lui-même la couronne sur sa tête. - Normalement, qui aurait dû lui mettre la couronne sur la tête ? Le pape - Que veut-il montrer en tenant son épée à la main ? Il est arrivé au pouvoir grâce à ses victoires militaires. Synthèse (par le.la PE) : (réponse à la question initiale) David n’a pas représenté ce couronnement de Napoléon car ce dernier a commis un geste inhabituel. Il s’est mis lui-même la couronne sur la tête pour montrer qu’il ne doit son pouvoir qu’à lui-même et à son épée. Cela diffère du couronnement de Charlemagne en 800 (couronné par le pape) et du couronnement du roi de France (couronné par l’archevêque de Reims). Il montre qu’il n’est pas désigné par Dieu. L’Empire est une dictature militaire fondée sur la souveraineté nationale (un peu manipulée !) puisqu’il a été désigné empereur par plébiscite. Document 10 : le serment du sacre Questions posées aux élèves : - Quels éléments évoquent les principes de la Révolution (vus auparavant) ? La République, égalité des droits, liberté politique et civile, biens nationaux, impôts levés selon la loi - Quels éléments évoquent l’œuvre de Napoléon Bonaparte ? Le concordat, la légion d’honneur, la gloire (militaire) Synthèse (par le.la PE) : dans le pouvoir de Napoléon il y a le rappel à des éléments militaires qui doivent servir à garder les principaux acquis de la DDHC de 1789. C’est un régime politique un peu contradictoire. Production d’écrit (individuelle ou en petits groupes) : Lors de la cérémonie du couronnement, comment Napoléon montre-t-il que son pouvoir est différent de celui des rois de France ? Composante géographie (8 points) 3. À partir du dossier documentaire (documents 11 à 16), identifiez et définissez les notions essentielles qu’il faudrait faire découvrir et comprendre aux élèves lors de la l’étude d’un aménagement de transport : le cas de l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle. Document 11 : (Fiche eduscol) Les concepts évoqués : aménagements (un aéroport, aménagements routiers, ferroviaires), mobilités (déplacements humains d’un lieu à un autre), réseaux (vols long courriers), à des échelles différentes. Aménagement : mise en place d’équipements destinés à satisfaire les besoins d’acteurs, en fonction des ressources et des contraintes du lieu Réseau : un ensemble d’axes qui relient des nœuds ou des pôles et le long desquels se réalisent des flux d’humains, de marchandises, d’informations, etc. Document 12 : aménagements aéroportuaires (terminal 1, 2, 3), réseaux routiers (autoroutes, parkings, autobus), ferroviaires (TGV, RER, CDG Val). Ces réseaux sont connectés. Aménagements hôteliers (Sofitel, Ibis). Document 13 : aménagement aéroportuaire (terminal 2, pistes de décollage), aménagements routiers (réseau routier, parkings) Document 14 : Réseau aérien mondial à partir de Paris-CDG, mobilités Document 15 : Aménagements urbains (banlieue nord-est de Paris), routiers (autoroutes) et aéroportuaires (Paris Le Bourget, Paris-CDG), développement durable (pollution de l’air = pilier environnemental) Document 16 : Aménagements urbains (banlieue nord-est de Paris), réseau routier, développement durable (exposition au bruit = pilier environnemental) 4. Vous décidez d’exploiter les documents 15 et 16 en classe : quels choix opérez-vous pour conduire cette exploitation ? Le concept dominant est celui du développement durable (un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre les capacités des générations futures à développer leurs propres besoins) pour étudier les nuisances liées à l’aéroport Paris-CDG. Trois piliers du DD : ici, surtout le pilier environnemental Démarche possible pour étudier les deux documents : 1. Repérer l’aéroport Paris-CDG et le tracé de l’autoroute A1. sur le doc.15 et sur le doc. 16 (recours à Géoportail) 2. Repérer les zones les plus foncées (les plus polluées) sur le doc. 15. Les élèves doivent repérer les autoroutes et la zone de Paris-CDG. 3. Question : pourquoi les zones de nuisances sonores sont-elles allongées d’est en ouest ? Réponse attendue : Elles correspondent au trajet des avions qui décollent et atterrissent à Paris-CDG 4. Bilan : quels sont les effets de l’aéroport Paris-CDG sur l’environnement ? Réponse attendue : nuisances sonores et forte pollution au dioxyde d’azote. Cet aéroport a des effets nocifs sur le climat et sur la santé des riverains. Possibilité de faire produire par les élèves un schéma à l’aide d’un papier calque

  • Sujet possible : L'Empire de Charlemagne / un paysage de montagne : Val d'Isère

    Didier Cariou, Université de Brest, UBO Composante histoire (12 points) 1. A l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez en quoi Charlemagne s’est considéré comme le continuateur de l’Empire romain chrétien. 2. Proposez une séquence sur l’exercice du pouvoir de Charlemagne en indiquant les documents que vous utiliseriez. Puis développez une des séances de cette séquence, en définissant les objectifs d’apprentissage, les savoirs et les compétences travaillés, en indiquant précisément quels documents issus du dossier documentaire vous utiliserez et en détaillant l’exploitation pédagogique de l’un de ces documents. Composante géographie (8 points) 1. Indiquez les différents concepts de géographie qui pourraient être mobilisés pour l’étude des documents 2, 3 et 4. 2. Présentez des modalités d’utilisation en classe de CE2 des documents 2, 3 et 4. Composante histoire Document 1 : Extrait du programme du cycle 3 (2020) Document 2 : Carte de l’empire carolingien Document 3 : La christianisation violente de la Saxe [À partir de 772, Charlemagne s’engage dans la conquête de la Saxe par une guerre qui dura plus d’une trentaine d’années]. Quiconque, par mépris pour le christianisme, refusera de respecter le jeûne du Carême sera mis à mort. Quiconque livrera aux flammes le corps d'un défunt suivant le rite païen sera condamné à mort. Tout Saxon non baptisé qui refusera de se faire administrer le baptême, voulant rester païen, sera mis à mort. Quiconque complotera avec les païens contre les chrétiens sera mis à mort. Quiconque manquera à la fidélité qu'il doit au roi sera puni de la peine capitale. Tous les enfants devront être baptisés dans l'année. » Extrait du capitulaire De partibus Saxonie édicté en 785 par Charlemagne. Document 4 : Statuette équestre de Charlemagne ou de Charles le Chauve. Bronze, IXe siècle, Musée du Louvre. Document 5 :Denier impérial en argent de Charlemagne. Au droit figure le profil imberbe, le front ceint de lauriers, et l'inscription « KAROLUS IMP(erator) AUG(ustus). Au revers, un bâtiment religieux et l’inscription RELIGIO XPICTIANA [« christiana » en alphabet grec]. Cabinet des médailles, BnF, Paris. Document 6 : Le récit du couronnement impérial de Charlemagne à Rome, le 25 décembre 800 Toutefois, sa dernière visite [à Rome] ne fut pas uniquement dictée par ces motifs, mais par le fait que les Romains poussèrent le pape Léon, qui avait été victime de nombreuses violences, ayant notamment eu les yeux arrachés et la langue coupée, à recherche instamment l’assistance du roi. Il [Charlemagne] vint donc à Rome pour restaurer la situation de l’Église qui avait été complètement bouleversée, et il y passa tout l’hiver. C’est à ce moment là qu’il reçut le nom d’empereur et Auguste. Dans un premier temps, il s’y opposa si fortement qu’il affirmait que ce jour-là, bien qu’il se fut agi d’un jour de fête, il ne serait pas entré dans l’église s’il avait pu connaître l’avance la résolution du pontife [Charlemagne veut ainsi montrer sa modestie. Il est également mécontent de devoir son titre impérial au pape qui a ainsi pris un ascendant sur lui]. Il supporta avec une grande patience la jalousie que lui valut le nom qu’il avait reçu : les empereurs romains [byzantins] s’en indignèrent en effet. Il vainquit leur entêtement par sa grandeur d’âme, qualité qui lui donnait de s’élever, sans aucun doute, bien au-dessus d’eux, en leur envoyant de fréquentes ambassades et en les appelant ses frères dans ses lettres. Eginhard (vers 830). Vie de Charlemagne. Édition Michel Sot et Christiane Veyrard-Cosme. Paris : Les belles Lettres, 2014, p. 65-67. Document 7 : La piété de Charlemagne Il pratiqua très sainement et dans la plus grande piété la religion chrétienne dont il avait été imprégné depuis sa plus tendre enfance et, pour cette raison-là, il fait édifier à Aix [La Chapelle] une basilique d’une extrême beauté avec or, argent, et luminaires, et l’orna de balustrades et de portes en bronze massif. Pour sa construction, il ne pouvait trouver nulle part des colonnes ou des marbres, il prit soin d’en faire venir de Rome et de Ravenne. Il ne manquait pas de se rendre à l’église le matin et le soir, de même pour les offices de nuit et le saint sacrifice, tant que sa santé le lui permit (…). Il fit amender très scrupuleusement la technique de la lecture et celle de la psalmodie. Il était très bien formé à l’une et à l’autre, bien qu’il ne lût point lui-même en public et ne chantât qu’à voix basse et avec la foule. Eginhard (vers 830). Vie de Charlemagne. Édition Michel Sot et Christiane Veyrard-Cosme. Paris : Les belles Lettres, 2014, p. 61-63. Document 8 : Reconstitution du palais de Charlemagne à Aix-la-Chapelle Document 9: La chapelle palatine d'Aix La Chapelle de style byzantin (restaurée au XIXe siècle) Document 10 : Le trône dit de Charlemagne sur une estrade de pierre dans la tribune de la chapelle palatine Composante géographie Document 1 : Extrait du programme du cycle 2 (2020) : Explorer les organisations du monde Document 2 : Carte IGN de Val d’Isère (Source : www.geoportail.gouv.fr) Document 3 : Val d’Isère (Savoie) au début des années 1950 Document 4 : Val d’Isère (Savoie) aujourd’hui

  • La préhistoire

    Par Didier Cariou, Maître de conférences HDR en didactique de l’histoire à l’Université de Bretagne occidentale Références bibliographiques DEMOULE, Jean-Paul (2017). Le néolithique. L’origine du monde contemporain. La documentation photographique, n° 8117. (le titre est trompeur : ce dossier évoque toute la préhistoire) DEMOULE Jean-Paul (2012/2014). On a retrouvé l’histoire de France. Comment l’archéologie raconte notre passé. Rééd. Gallimard, Folio, chap.1 et 2. (très précieux et passionnant). Et bien entendu, le site internet de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP). Mots-clés du cours Paléolithique, Mésolithique, Néolithique, Age du bronze, Age du fer, Australopithèque, Homo habilis, Homme erectus, Homo sapiens, Néandertal, Denisova, Sorties d’Afrique, Migrations, Métissage, Chasseurs-cueilleurs, Grottes ornées, Sédentarisation, Agriculture, Inégalités, Domination masculine, Mégalithes. Introduction : que dit le programme de CM1 ? Les attendus du programme du cycle 3 de 2020 (classe de CM1) : La préhistoire occupe désormais une place très réduite dans le programme du CM1 car elle a été déplacée vers le programme de la classe de Sixième. L’attente principale du programme concerne les « traces » à partir desquelles nous connaissons quelques bribes sur le sujet. Il s’agit de faire comprendre aux élèves que nous savons peu de choses sur la préhistoire et que nous le savons à partir des traces laissées par nos lointains ancêtres. Le programme stipule également qu’il convient d’aborder les traces laissées dans l’espace proche des élèves, ce qui n’est pas toujours possible. Pour terminer ce rapide commentaire du programme, remarquons sa dimension franco-centrée, comme si le peuplement de l’espace national pouvait être envisagé pour lui-même, sans relation aux grandes vagues de migrations qui ont fait le peuplement de cet espace depuis l’Afrique. Introduction : La préhistoire, une pré-histoire ? Nous ne présentons pas ici une histoire exhaustive de la préhistoire. Nous cherchons juste à évoquer certains problèmes posés par cette période, revisités à l’aune des questionnements actuels sur la place de l’humain dans le règne animal, sur les rapports de genre, sur les migrations. Il est évidemment difficile d’émettre des vérités définitives sur le sujet. La paléo-anthropologie s’appuie sur la découverte de fragments de restes très réduits et très peu nombreux. Parfois un fragment pour des centaines de milliers d’années ! Une découverte vient fréquemment contredire ce qui pouvait être considéré comme acquis jusque-là. En outre, le terme « préhistoire » lui-même pose problème. Au XIXe siècle, la naissance de l’écriture était considérée comme l’événement distinguant l’histoire de la préhistoire. En 1867, on qualifia de « préhistoire » la période de l’histoire de l’humanité située avant la naissance de l’écriture, à savoir 99,7 % de l’histoire de l’humanité. Mais cette conception totalement européocentriste laisse supposer que les sociétés sans écriture (les Amériques, l’Afrique, l’Océanie avant la colonisation européenne) étaient des sociétés sans histoire jusqu’à ce que la colonisation européenne les fasse enfin « entrer » dans l’histoire. Aujourd’hui encore, il existe dans le monde quelques sociétés sans écriture. Seraient-elles des vestiges de la préhistoire ? Le grand historien Lucien Febvre avait dénoncé cette anomalie dès les années 1950. Mais ce préjugé a la vie dure, il a poussé le président Sarkozy, dans son tristement célèbre « discours de Dakar » de 2007, à interpeler « l’homme africain » pour qu’il « entre davantage dans l’histoire ». A défaut d’un terme plus adéquat, nous devons nous contenter de celui de « préhistoire », sans être dupes des préjugés qu’il véhicule. Le préhistorien Boris Valentin rappelle que l’étude de la préhistoire est une manière particulière de faire de l’histoire. Elle suppose des compétences pointues en géologie, en physique, en biologie et en génétique pour recueillir, dater, interpréter et conserver les vestiges archéologiques. Elle s’appuie sur des vestiges très peu nombreux qui ne permettent pas d’énoncer des vérités définitives. Elle produit un récit sans événements et sans personnages historiques identifiés. Enfin, cette histoire manipule des échelles temporelles vertigineuses. Avant de commencer, rappelons quelques jalons de l’histoire de l’espèce humaine. Sommairement, on distingue : L’évolution des homininés Les première formes humaines (Ororin, Ramidus, etc.), entre 7 et 4 millions d’années, en Afrique Les Australopithèques (« singes du sud »), entre 5 et 2 millions d’années, en Afrique Le genre Homo (l’espèce humaine proprement dite) : Homo habilis Homo erectus Homme de Neandertal (- 400 000 à – 40 000 ans) Homme de Denisova Homo sapiens (depuis - 100 000 ans) Chronologie des périodes historiques en Europe La préhistoire est divisée en deux périodes : Le paléolithique (« âge de la pierre taillée ») (des origines à – 10 000 environ) Le mésolithique (de – 10 000 à – 6 000 ans environ). La protohistoire est divisée en quatre périodes : Le néolithique (« âge de la pierre polie ») (de – 6 000 à – 2 000 ans environ) L’âge du bronze (de – 2 000 à – 750 ans environ) Le premier âge du fer (de – 750 à – 500 ans environ) Le second âge du fer (de – 500 à – 50 ans) 1. La préhistoire suppose une approche non-téléologique et non-linéaire du temps historique 1.1 Représenter l’évolution de l’espèce humaine Habituellement, nous représentons le temps historique par un segment de droite orienté de gauche (le point de départ temporel) vers la droite (notre présent). Ce segment de droite représente la succession linéaire des événements qui sont advenus les uns après les autres, l’événement antérieur entraînant l’événement postérieur. Nous allons le constater, cette représentation linéaire du temps ne permet pas de penser la chronologie de la préhistoire. Aujourd’hui, il n’existe qu’une seule espèce d’hommes sur la terre : homo sapiens. On a longtemps pensé que ce primate supérieur se distinguait des autres primates par la bipédie permanente, un cerveau volumineux, l’aptitude à fabriquer des outils (fabriqués à l’avance pour un usage précis et conservés après usage), un langage articulé, une pensée réfléchie (d’où le nom d’Homo sapiens). Nous savons désormais que ces caractéristiques n’offrent en réalité que des différences assez ténues avec celles des autres primates supérieurs. Les ancêtres de l’espèce humaine se sont vraisemblablement séparés des ancêtres des autres primates supérieurs il y a environ dix millions d’années. Le berceau de l’espèce humaine se situe vraisemblablement dans le Rift africain, en Afrique de l’Est (c’est du moins là que des traces en ont été trouvées). Mais l’essentiel de l’évolution qui conduisit à l’émergence de l’espèce humaine est inconnu. Nous ne connaissons que des bribes de cette histoire. Nous savons seulement que cette évolution ne fut pas linéaire. La découverte la plus célèbre fut celle de Lucy par une expédition co-dirigée par Yves Coppens en 1974 en Éthiopie. Les 52 restes retrouvés datent de 3,2 millions d’années environ. Ils appartenaient à une jeune femme de 1,1 m, 30 kg, dotée d’une forte mâchoire et d’une faible capacité crânienne (moins de 500 cm3). Elle appartenait à l’espèce Australopithecus afarensis. On pensait alors que Lucy était l’ancêtre de l’humanité. Or, nous savons désormais qu’il y a peu de chances qu’elle appartienne à notre lignée. Deux découvertes ont révélé des restes plus anciens. Les restes d’un bipède vieux de six millions d’année et baptisé Orrorin (« homme originel » en langue locale) ont été découverts en 2000 au Kenya. Le crâne d’un être situé entre les grands singes et les hominidés, vieux de sept millions d’années, fut découvert en 2001 au Tchad. Les chercheurs l’ont baptisé Toumai (« espoir de vie »). Ils ignorent s’il était bipède. De fait, nous ignorons si ces individus entretenaient des relations de parenté. En conséquence, il est nécessaire de rompre avec les représentations habituelles de l’évolution de l’humanité telles que celle-ci : Source : https://puzzlefactory.pl/fr/puzzle/jouer/pour-les-enfants/242660-evolution-humaine#4x4 Ce type de représentation suppose une évolution linéaire, rectiligne et uniforme de la bête vers l’homme actuel (et pourquoi pas une femme ?), de plus en plus grand et de plus en plus blanc (et pourquoi pas noir ?). Elle laisse supposer que l’homme descendrait du singe et caricature ainsi la théorie de l’évolution. Cette représentation n’est pas plus scientifique que la suivante ! Source : https://major-prepa.com/culture-generale/darwin-animal-homme-evolution/ La frise suivante a le mérite d’indiquer le nom des différentes espèces d’Homo. Mais, là encore, chaque espèce est plus grande que la précédente, de même que sa capacité crânienne. Elle est mieux habillée et produit des outils de plus en plus sophistiqués. L’évolution de l’humanité serait donc progressive et orientée par un progrès inéluctable conduisant à un être parfait : nous-mêmes. Mais cette représentation est biaisée. Sachant que l’homme de Neandertal vivait sous les climats rigoureux de l’Europe du nord, peut-on imaginer un seul instant qu’il n’était revêtu que d’un pagne ? Les paléo-anthropologues préfèrent désormais une représentation buissonnante qui signale les bifurcations possibles au cours de l’évolution, les espèces disparues, les filiations possibles ou impossibles entre les espèces. Source : https://slideplayer.fr/amp/1147603/ Cependant, cette représentation résulte d’une conception encore trop linéaire du temps et postule des filiations entre les espèces dont les scientifiques ne sont plus du tout certains. La représentation qui suit montre les incertitudes des paléo-anthropologues. Ces derniers hésitent à établir des filiations peu assurées entre les espèces. Ils considèrent également que plusieurs espèces pouvaient vivre en même temps : la succession des espèces laisse une place à leur simultanéité. Désormais, le temps des ancêtres de l’espèce humaine semble éclaté et plus du tout rectiligne. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_évolutive_de_la_lignée_humaine Comme l’indique ce graphique, entre 3 et 2 millions d’années, les australopithèques disparurent et laissèrent la place aux représentants du genre Homo, clairement distincts des primates supérieurs. L’Homo habilis (« homme habile ») doit son nom au fait qu’il fabriquait des outils grossiers, des galets aménagés, pour dépecer les charognes. L’Homo erectus (« qui se tient debout ») était bipède et fabriquait de gros bifaces pour assommer le gibier, le dépecer et le découper. Il maîtrisait le feu. Cet événement constitua sans doute un changement majeur dans l’histoire de l’espèce humaine. Le feu permit de restructurer l’environnement en détruisant certaines espèces végétales pour en favoriser d’autres. La cuisson des aliments remplit en outre le rôle d’une pré-digestion externe de la viande et de certaines plantes indigestes à l’état cru. Elle permit le transfert vers le cerveau d’une partie de l’énergie consacrée à la digestion. De même, en permettant la réduction de la taille des dents et des mâchoires, elle libéra de la place pour la croissance du cerveau humain. Des espèces aux caractéristiques très proches évoluèrent à partir d’Homo erectus : l’Homme de Neandertal (du nom d’une grotte située en Allemagne où il fut découvert en 1856), l’Homme de Florès (découvert en Indonésie), l’Homme de Denisova (découvert dans l’Altaï, en Sibérie, en 2008) et Homo sapiens, appelé aussi Cro-Magnon en France, du nom de la grotte où le premier exemplaire fut découvert. La généalogie qui suit signale les filiations possibles mais pas fermement établies entre Homo habilis, Homo erectus et les espèces suivantes. Source: La Documentation photographique n° 8117 Aujourd’hui, tous les humains sont des Homo sapiens. L’espèce humaine est désormais unique. Qu’est-il advenu des espèces, Neandertal, Denisova, Florensis, qui vécurent pendant plusieurs milliers d’années en même temps que nos ancêtres directs… ? Ont-elles été détruites par Homo sapiens(mais rien ne permet de valider cette hypothèse) ou absorbées par métissage, comme semblent l’indiquer les analyses ADN qui nous attribuent de 2 à 4 % de gènes issus de ces espèces disparues ? 1.2 Penser le passage du paléolithique au néolithique Une autre question à propos du temps historique se pose au sujet de la succession temporelle de l’histoire de l’humanité, celle du passage des sociétés de chasseurs cueilleurs caractéristiques du paléolithique supérieur (avant – 10 000 ans avant notre ère environ) aux sociétés intermédiaires du mésolithique (de – 10 000 à – 6 000 ans avant notre ère environ) aux sociétés sédentaires et agricoles du néolithique (de - 6 000 à – 500 ans avant notre ère environ). Au cours du paléolithique supérieur, lors de la dernière période glaciaire, la moitié nord de l’Europe actuelle était couverte de glaces. Les groupes d’Homo sapiens de quelques dizaines de personnes nomadisaient en suivant les troupeaux d’animaux sauvages dans les steppes arctiques. Le climat se réchauffa vers – 10 000 ans avant notre ère environ et le territoire de l’Europe actuelle se couvrit d’une forêt tempérée. En fonction des ressources locales, certains groupes se sédentarisèrent progressivement. Biface en pierre taillée du paléolithique Hache en pierre polie du néolithique Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Outils_de_la_Pr%C3%A9histoire Cessons d’imaginer des chasseurs-cueilleurs du paléolithique vêtus de peaux de bêtes informes. Ces populations vivaient sous un climat froid et portaient vraisemblablement des vêtements de peau et de fourrure cousus, comme l’attestent des aiguilles à chas vieilles de plus de 20 000 ans, ainsi que des racloirs et des lissoirs en pierre ou en os, à l’aide desquels elles préparaient les peaux. Ces vêtements étaient sans doute ornés de perles et de divers éléments décoratifs en os, en pierres semi-précieuses ou à base de coquillages. Mais il semblerait que ces vêtements hébergèrent très vite des hôtes indésirables, les poux. Ces populations nomadisaient au gré des migrations de troupeaux d’herbivores. Elles logeaient dans des tentes démontables qu’elles installaient sur des campements occupés à intervalles réguliers, tels que le site de Pincevent en Seine-et-Marne, situé au bord de la Seine. Il y a plus de 14 000 ans avant notre ère, elles s’installaient sur ce site en automne, pour guetter le passage des troupeaux de rennes. Les vestiges archéologiques de ce site attestent de l’existence de foyers, d’activités régulières de dépeçage d’animaux et de taille de silex. Reconstitution d’un habitat du paléolithique supérieur à partir de traces visibles sur le site de Pincevent (Seine-et-Marne). Source : https://solutreen.forumactif.org/t101-___-reconstitutions-d-habitats-en-plein-air L’illustration ci-dessous, extraite d’un ouvrage pour la jeunesse, fournit une représentation assez pertinente d’un campement de chasseurs-cueilleurs du paléolithique supérieur. Source : Chabot, J.-P. (1996). La préhistoire. Gallimard : Mes premières découvertes de l’histoire. On a longtemps considéré que le passage du nomadisme à la sédentarité constitua un progrès indéniable pour l’humanité. La révolution néolithique, consécutive à un réchauffement de la planète et à un recul des glaciers continentaux, à partir de - 10 000 avant notre ère environ, fut le fruit d’une série d’innovations technologiques : l’amélioration des semences sauvages présentes localement (blé, orge, seigle, pois, lentilles au Proche- Orient ; riz et millet en Chine ; maïs et pomme de terre en Amérique ; mil et sorgho en Afrique) et la domestication de certaines espèces animales (chien, mouton, chèvre, bœuf, porc), l’invention d’outils agricoles tels que les faucilles, les haches en pierre polie beaucoup plus solides qu’en pierre taillée uniquement, la production de poteries pour stocker les surplus alimentaires. Cette révolution garantit une relative sécurité alimentaire par le stockage annuel des céréales et permit la sédentarisation dans des villages parfois étendus sur plusieurs hectares. Aujourd’hui, cette chronologie est largement remise en cause. On a longtemps pensé que la domestication des plantes et des animaux avait conduit mécaniquement à l’agriculture et la sédentarisation. Or, il est fort probable que, dans certaines régions, la sédentarité apparut quatre millénaires avant l’essor de l’agriculture. Comme l’a montré l’anthropologue James C. Scott, il était possible de s’installer durablement dans un environnement humide et différencié fournissant une multiplicité de ressources alimentaires (plantes sauvages, poissons, petits animaux, coquillages, etc.). On ne sait pas exactement pourquoi les sociétés humaines s’orientèrent ensuite vers l’agriculture et l’élevage sédentaires. Il n’en reste pas moins que la révolution néolithique provoqua une explosion démographique qui permit à ces agriculteurs de coloniser assez densément toute la planète. Avant cette révolution, vers – 10 000 ans avant notre ère, les humains étaient vraisemblablement au nombre de 2 à 4 millions. La population mondiale passa à 25 millions environ vers – 2 000 ans avant notre ère. A quoi tint cette croissance démographique ? Dans une société d’agriculteurs, où la sécurité alimentaire était relativement assurée, une femme pouvait enfanter chaque année. Certes, la plupart des enfants mourraient en bas-âge et les femmes décédaient souvent en couches. En revanche, une femme nomade enfantait tous les trois à quatre ans seulement en raison de son activité physique, du stress lié au transport des enfants lors des déplacements permanents, et d’un allaitement prolongé. Reconstitution d’un habitat néolithique à Samara (Aisne).Un village de l’époque des premiers agriculteurs-éleveurs (vers – 5 000 ans) pouvait être formé de 4 à 5 de ces longues maisons (celle-ci mesure 28 m sur 7 m, d’autres peuvent atteindre 48 m sur 8 m). 30 à 50 personnes pouvaient vivre dans chaque maison. Elles étaient alignées, côte à côte, suivant une orientation est-ouest pour mieux résister aux vents dominants. Le toit est à double pente, réalisé en roseaux et en chaume. Les murs sont enduits d’un mélange appelé torchis à base d’argile et de matières végétales. Source : https://www.samara.fr/les-reconstitutions-dhabitats Source : Chabot, J.-P. (1996). La préhistoire. Gallimard : Mes premières découvertes de l’histoire. Les traces archéologiques attestent que, vers – 4 500 ans avant notre ère, les principales régions fertiles d’Europe étaient défrichées, quadrillées par un réseau de villages entourés de champs et de pâtures. Ces villages, à l’organisation sociale relativement égalitaire, rassemblaient cent ou deux cents habitants, le surplus de population partant au loin à la recherche de nouvelles terres à défricher. Les morts étaient enterrés dans des fosses, emportant des bracelets ou des colliers d’os ou en coquillage, avec un peu de nourriture pour leur voyage dans l’au-delà. 1.3 La révolution néolithique, un progrès ? L’inquiétude actuelle provoquée par la crise climatique et l’effondrement rapide de la biodiversité nous conduit à envisager autrement cette révolution néolithique et à ne plus la considérer comme le fruit d’un progrès irréversible. Nous savons tout d’abord que, au cours du mésolithique (de – 10 000 à – 6 000 ans avant notre ère) certaines sociétés nomades cultivaient des espèces végétales. Elles inventèrent la pirogue ou le filet de pêche. Certaines fabriquaient des poteries dont le principe était connu depuis le paléolithique supérieur. Surtout, le sens de l’histoire ne mène pas nécessairement de la chasse-cueillette nomade à l’agriculture sédentaire. On sait par exemple que des populations amérindiennes des grandes plaines développèrent le nomadisme à la suite de l’introduction du cheval par les Espagnols qui rendait possible les déplacements à la suite des grands troupeaux de bisons. Il est possible que d’autres sociétés aient suivi un parcours analogue. Le gibier et les plantes abondaient sur le territoire de l’actuelle Europe et rendaient inutile, pour les populations locales de chasseurs-cueilleurs, le passage à l’agriculture sédentaire. On peut même penser que, sur l’actuel territoire français, le mode de vie des chasseurs-cueilleurs aurait pu perdurer jusqu’à nos jours. Cependant, le trop-plein démographique des agriculteurs du Proche-Orient contraignit ces derniers à chercher des terres toujours plus vers l’ouest. Ils absorbèrent progressivement les quelques dizaines de milliers de chasseurs-cueilleurs qui peuplaient notre territoire actuel. Mais surtout, nous pouvons à bon droit nous interroger sur le progrès qui consisterait à passer d’une société de chasseurs-cueilleurs à une société d’agriculteurs. Dans la première, le régime alimentaire apportait des protéines animales et végétales et des quantités abondantes d’acides gras. Dans son ouvrage Age de pierre, âge d’abondance, publié aux États-Unis en 1974, le grand anthropologue Marshall Sahlins a pu établir qu’il suffisait aux chasseurs-cueilleurs de travailler trois à quatre heures par jour pour satisfaire leurs besoins essentiels. En revanche, dans une société d’agriculteurs, le travail des champs est harassant, il provoque des troubles musculo-squelettiques et le régime alimentaire à base de céréales est fortement glucidique. Les ossement des populations néolithiques retrouvés par les archéologues signalent une réduction de la taille des individus, l’apparition de carences en fer et de lésions osseuses. De plus, il était difficile de maintenir des conditions d’hygiène acceptables dans des villages permanents. La cohabitation des humains, des animaux domestiques et des hôtes non désirés comme les rats ou les souris, accompagnés de leurs propres parasites – puces, tiques, poux, acariens, etc. - a sans doute favorisé la transmission des virus des animaux aux humains et provoqué des épidémies dévastatrices (coronavirus, rotavirus, brucellose, rougeole, variole, peste, etc.). Document : La transmission des virus aux humains D’après des données sans doute déjà périmées et sous-estimées, les humains ont en commun vingt-six maladies avec les poules, trente-deux avec les rats et les souris, trente-cinq avec les chevaux, quarante-deux avec les cochons, quarante-six avec les moutons et les chèvres, quarante avec les bovin et soixante-cinq avec notre plus ancien compagnon de domesticité, le chien. On soupçonne que la rougeole est issue d’un virus de peste bovine ayant infecté les moutons et les chèvres, que la variole provient de la domestication des chameaux et d’un rongeur archaïque porteur de la vaccine et que la grippe est liée à la domestication des oiseaux aquatiques voici 4 500 ans. Cette génération de nouvelles zoonoses trans-spécifiques a prospéré au fur et à mesure que les populations humaines et animales augmentaient et que les contacts à longue distance devenaient plus fréquents. Ce processus continue aujourd’hui (...). James C. Scott (2017/2019). Homo domesticus. Une histoire profonde des premiers États. Trad. fr. Paris : La Découverte, p. 134. Finalement, selon Marshall Sahlins, la société d’abondance, celle où le rapport entre l’énergie investie et le résultat est le plus favorable, était bien celle des chasseurs-cueilleurs ! Malgré tout, l’espèce humaine connut une croissance démographique qui entraîna son expansion géographique marquée par les défrichements et la réduction, déjà, de la biodiversité. 2. La préhistoire : une histoire de migrations et de métissages 2.1 Les « sorties d’Afrique » La planète fut peuplée à l’occasion de plusieurs sorties d’Afrique d’Homo erectus. Il y a deux millions d’année environ, une première migration d’Homo erectus peupla l’Eurasie depuis l’Afrique. L’Homme de Tautavel (- 450 000), découvert dans les Pyrénées-Orientales en 1971, relève de cette espèce, au cours de ce que l’on nomme le paléolithique inférieur. Comme ce vestige humain est le plus ancien découvert en France, d’aucuns sont régulièrement tentés d’en faire le premier français. Il avait pourtant peu à voir avec nous ! En Europe, Homo erectus évolua en Homme de Neandertal, il y a 300 000 ans environ. Confronté au climat froid et peu ensoleillé de l’Europe dont la moitié nord était occupée par les glaciers, les traits physiques de l’Homme de Neandertal ont sans développé des caractères physiques tels que les yeux bleus, une peau plus claire, un corps trapu et musclé pour chasser dans le froid. Nous savons aujourd’hui qu’il était très proche de nous par ses capacités intellectuelles, et même par ses caractéristiques physiques essentielles. En Asie, d’après les connaissances actuelles, Homo erectus évolua en Homme de Denisova, du nom d’une grotte située dans l’Altaï où l’on a retrouvé en 2008 le fragment d’un auriculaire d’une jeune fille. Elle vivait il y a environ 50 000 ans. Son père était un dénisovien et sa mère une néandertalienne. Des gènes de Denisova furent retrouvés jusqu’en Papouasie. Une variété proche fut découverte sur l’île de Florès en Indonésie et fut nommée de ce fait Homme de Florès (de – 100 000 à – 60 000 ans avant notre ère). Enfin, Homo erectus continua à évoluer en Afrique en Homo sapiens vers – 200 000 à – 100 000 ans avant notre ère. Il s’est très peu transformé depuis. Il sortit d’Afrique et prit possession de l’Europe et de la planètevers – 50 000 ans avant notre ère environ. Il atteint l’actuel territoire de la France vers – 35 000 ans avant notre ère. Il se serait métissé avec Denisova, Florès et Néandertal puisqu’il semblerait que 2 % à 4 % de notre ADN soit hérité des gènes de ces derniers. Homo sapiens, récemment arrivé d’Afrique, avait la peau foncée et les cheveux crépus. Notre ancêtre absorba les populations néandertaliennes plus blanches de peau... C’est ce que montre une reconstitution réalisée en 2018 à partir d’un fragment d’ADN du squelette du plus ancien britannique connu, « l’homme de Cheddar ». Découvert en 1903, il vivait dans la vallée du même nom il y a 10 000 ans avant notre ère environ, au cours du mésolithique. Il est considéré comme le premier britannique connu. Il avait vraisemblablement des cheveux crépus, une peau noire et des yeux bleus. Source : https://www.youtube.com/watch?v=6_ckrmz4bjQ 2.2 La diffusion de la révolution néolithique La révolution néolithique généra vraisemblablement de nouvelles migrations. Comme l’indique la carte ci-dessous, la révolution néolithique eut lieu dans plusieurs foyers, là où les conditions environnementales (présence d’espaces végétales et animales domesticables) et techniques (maîtrise des techniques de conservation des grains) la rendaient possible. Il semble que le Proche Orient fut le foyer de néolithisation le plus ancien. Source : La Documentation photographique n° 8117. Deux thèses s’affrontent pour expliquer la diffusion de la révolution du néolithique en Europe à partir du foyer proche-oriental. Les tenants de la thèse localiste considèrent que la diffusion du néolithique résulta d’une diffusion de techniques, de proche en proche, par le biais de divers courants d’échanges à partir du foyer proche-oriental. Les populations de l’actuelle Europe se seraient ainsi acculturées progressivement à l’agriculture. Elles auraient inventé localement des outillages spécifiques à leur environnement et auraient domestiqué des espaces animales locales. Selon cette thèse, nous serions les descendants de populations de chasseurs-cueilleurs autochtones. Les tenants de l’autre thèse soulignent que les chèvres, les moutons, le blé et l’orge n’existaient pas à l’état sauvage en Europe. De même, les races de porcs et de bovins domestiques ne descendent pas d’espèces sauvages locales. En outre, notre ADN ne recèle qu’une faible part de gênes hérités des chasseurs-cueilleurs autochtones qui étaient de toute façon très peu nombreux. On peut donc à bon droit supposer que le territoire de l’actuelle Europe a été colonisé par les agriculteurs venus du Proche-Orient qui, dans leur recherche permanente de nouvelles terres à cultiver pour absorber leur excédent démographique, assimilèrent les populations nomades locales, peu nombreuses. Ces thèses renvoient potentiellement à des débats actuels parfois nauséabonds. Si nous suivons la deuxième thèse, nous constatons que, non seulement nos ancêtres chasseurs-cueilleurs Homo sapiens du paléolithique supérieur étaient noirs de peau lorsqu’ils arrivèrent en Europe, mais en plus, lors du néolithique, ils furent à leur tour colonisés et absorbés par des populations venues du Proche-Orient ! Personnellement, je trouve cette thèse plutôt réjouissante. 3. L’étude de la préhistoire conduit à s’interroger sur ce qu’est un.e humain.e 3.1 La prétendue supériorité des humains sur les autres animaux Longtemps, on a considéré que l’espèce Homo (Homo habilis, capable de fabriquer des outils, Homo erectus, qui se tient debout, Homme de Neandertal, Homme de Denisova, Homo sapiens, qui pense) se distinguait de ses ancêtres et des autres animaux par sa capacité à fabriquer des outils. La faculté à penser, concevoir, fabriquer et utiliser signifiait, pensait-on, la supériorité de l’espèce humaine sur toutes les autres espèces animales et justifiait sa domination sur tout le monde vivant. Nous savons désormais que de nombreuses espèces animales, et pas seulement les primates, fabriquent et utilisent des outils. En outre, en 2015, fut découvert au Kenya un atelier de taille de pierre vieux de trois millions d’années, datant de l’époque des Australopithèques. L’espèce Homo perd ainsi un peu de sa superbe ! 3.2 La prétendue supériorité d’Homo sapiens sur l’Homme de Neandertal L’espèce Homo sapiens migra en Europe vers - 100 000 ans. Elle y rencontra l’Homme de Neandertal présent sur place depuis – 500 000 ans. Longtemps, on a considéré qu’Homo sapiens se distinguait de (traduisez : était supérieur à) l’Homme de Neandertal. Deux pratiques attribuées à Homo sapiens semblaient justifier cette supériorité : les rites funéraires (qui supposent une croyance dans un au-delà) et les productions que nous pourrions qualifier d’artistiques (qui signalent sans doute une dimension religieuse et un sens esthétique). Cependant, des rites funéraires sont attestés désormais pour Neandertal et même pour Homo erectus. On a par exemple retrouvé une tombe collective vieille de - 300 000 ans où furent déposés dans une cavité les corps d’une trentaine d’Homo erectus, au fur et à mesure de leur décès, dans la sierra d’Atapuerca (Burgos). Les hommes de Néandertal avaient l’habitude d’enterrer leurs morts accompagnés de parures. Ces rites funéraires attestent sans doute d’une croyance en un voyage dans l’au-delà. D’autre part, des stalactites brisées et disposées en cercle dans grotte de Bruniquel (Tarn-et-Garonne) ont été découverte en 2016 (- 175 000 ans). Elles constituent sans doute les traces d’un cérémonial très ancien. La grotte de Bruniquel. Source : Le Monde, 25 mai 2016. Après avoir été longtemps décrits comme des brutes ignorantes et vêtues de peaux de bêtes à peine travaillées, par un retour de balancier peut-être excessif, les Néandertaliens sont présentés aujourd’hui comme des humains presque semblables à nous. Les spécialistes de Neandertal insistent cependant sur leur manière particulière d’être au monde. Par exemple, selon le paléo-anthropologue Ludovic Slimak, Neandertal n’avait nul besoin de parures car il n’éprouvait peut-être pas le besoin de se distinguer de ses semblables. En revanche, Homo sapiens éprouvait sans doute le besoin de se distinguer car il vivait dans une société normée qui écrasait les individualités. De même, chaque outil en pierre taillé par un Néandertalien était spécifique, il était taillé en fonction de la texture et de la couleur du silex utilisé. En revanche, les outils d’Homo sapiens étaient toujours « standardisés », identiques d’un bout à l’autre de l’Europe. 3.3 La prétendue supériorité de l’humain occidental sur le reste du monde Les plus belles grottes ornées d’art pariétal (fresques sur les parois) furent découvertes en France et en Espagne : Chauvet (- 35 000 ans ), Cosquer (- 27 000 ans), Lascaux (- 17 000 ans), Altamira (- 15 000 ans). Il était alors aisé de penser que l’art était né « chez nous ». Cependant, un grotte ornée beaucoup plus ancienne a été découverte en 2019 sur l’île indonésienne de Sulawezi. Elle date de - 44 000 ans environ. Dans cette scène de chasse, un bovin nain local (à droite) fait face à des personnages mi-humains, mi-animaux (théri-anthropes) dont certains sont reliés à lui par des lignes (lances ou cordes). Source : Le Monde, 11 décembre 2019 3.4 La prétendue supériorité des humains sur la nature Nous ignorons tout des probables religions préhistoriques. Cependant, les populations anciennes ont laissé des traces matérielles afférentes à leurs croyances. Et les paléo-anthropologues comparent volontiers les sociétés anciennes à certaines sociétés humaines actuelles qui en semblent proches. A l’instar des dernières populations amérindiennes de l’Amazonie actuelles, les chasseurs-cueilleurs se pensaient sans doute comme des animaux immergés dans la nature, comme une espèce animale parmi d’autres. C’est pourquoi, sans doute, ils représentaient des animaux sur les parois des grottes. Ils se pensaient à travers eux et s’adressaient sans doute en même temps à eux pour leur demander l’autorisation de les tuer et pour s’excuser ensuite de l’avoir fait. Cette pratique est courante dans toute les sociétés connues de chasseurs-cueilleurs. Un cheval et un cervidé sur une paroi de la grotte de Lascaux. Source : https://www.photo.rmn.fr/archive/08-500028-2C6NU0JGDM1Y.html Des plaquettes de schiste gravées, retrouvées en 2013 sur le site du Rocher de la Vierge, un abri sous roche situé au pied d’une falaise à Plougastel-Daoulas (Finistère), posent le même type de question. Source : Le Monde, 19 mars, 2017, d’après la revue PloS One du 3 mars Ces deux têtes d’auroch dont l’une est auréolée de traits rayonnants ne correspondent à rien de ce qui était connu jusqu’ici. Elles datent de – 14 000 ans avant notre ère, peu avant la fin de l’ère glaciaire et quelques milliers d’années avant l’essor du néolithique. S’agissait-il de conférer une certaine valeur à ces figures animales ? S’agissait-il d’assurer le succès à la chasse ? S’agissait-il d’un simple passe-temps ? La sédentarisation du néolithique laissa des vestiges d’une toute autre nature. Alors que les humains du paléolithique supérieurs étaient très peu nombreux et se considéraient sans doute comme une espèce animale parmi d’autres, immergée dans le monde vivant, les humains du néolithique étaient beaucoup plus nombreux et se considéraient comme les maîtres des espèces végétales et animales. Par exemple, une immense quantité de gravures rupestres (gravées sur les rochers) est toujours visibles dans la Vallée des Merveilles, située au pied du Mont Bego, dans le Parc national du Mercantour (Alpes-Maritimes). Datées d’environ 3 300 ans avant notre ère, elles représentent des parcellaires, des attelages tirés par des bovins, des armes et des pictogrammes mystérieux qui suscitent toujours de nombreux débats entre les archéologues. Cette gravure, dite « le chef de tribu », présente un personnage masculin, des poignards, des animaux à cornes et peut-être un parcellaire géométrique. Ici, la terre est quadrillée et appropriée par les humains, les bovins domestiqués et attelés travaillent à leur service. Source : http://www.savoirs-alpesmaritimes.fr/Periodes-historiques/Prehistoire/Les-gravures-du-mont-Bego La dalle ornée de Leuhan (Sud-Finistère), retrouvée fragmentée dans le tumulus de Saint-Belec, date sans doute de l’âge du bronze ancien. Des archéologues de l’INRAP y ont reconnu le tracé d’un parcellaire et ont pu établir que cette dalle reproduisait fidèlement le relief (collines, vallées) de la haute vallée de l’Odet. S’il s’agit effectivement d’une carte, on peut supposer que sa fabrication est liée à l’affirmation d’un pouvoir sur l’espace ainsi figuré, d’une dimension de 30 km sur 20 km. Source : https://www.inrap.fr/la-plus-ancienne-carte-d-europe-15574 3.5 La prétendue supériorité des hommes sur les femmes Au paléolithique supérieur furent produites des figures féminines trop vites baptisées « Vénus » en raison de l’exagération de leurs caractères sexuels. On a pensé qu’il pouvait s’agit de déesses mères, d’objets liés à des rites de fécondité. On a même pensé qu’il pouvait s’agir de représentations liées à une organisation matriarcale des sociétés de chasseurs-cueilleurs, unies dans l’adoration d’une déesse mère. Cependant, rien n’atteste cette interprétation. Et si, tout simplement, il ne s’agissait que de représentations érotisées du corps de la femme, manipulées par les hommes ? Manifestant déjà une forme de domination masculine… Vénus de Lespugue, 150 mm de haut, Vénus de Willendorf, ivoire de mammouth (- 25 000 environ) 110 mm de haut calcaire (-23 000 ans) Très énigmatique est la Dame de Brassempouy (-25 000 ans environ), la plus ancienne représentation connue d’un visage humain, retrouvée dans un villages de l’actuel département des Landes. Elle se distingue des autres Vénus de la préhistoire généralement dépourvus de visage. Le quadrillage représente peut-être un filet ou plus simplement ses cheveux. Statuette en ivoire de mammouth, hauteur : 2,65 cm. Saint-Germain-en-Laye, Musée national d’archéologie. Source : https://musee-archeologienationale.fr/collection/objet/la-dame-la-capuche Il n’en reste pas moins que la domination masculine s’exerça sans doute dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs. En outre, l’analyse de l’ADN d’ossements retrouvés dans des tombes du néolithique montre que les femmes avaient subit davantage de carences alimentaires que les hommes et que leur alimentation était moins carnée. En outre les femmes semblent avoir été d’une origine géographique différentes car elles venaient résider dans la famille de leur époux. Venaient-elles toujours volontairement ou, du moins, à l’occasion d’accords entre des populations voisines ? Des fosses communes retrouvées en Allemagne et recelant des corps de victimes de massacres signalent l’absence de corps de femmes en âge de procréer. Elles étaient sans doute capturées par leurs bourreaux. D’autre part, l’analyse des ossements de femmes révèle la robustesse des attaches musculaires sur les os de leurs bras. Ceci prouve sans doute une spécialisation dans la mouture des grains de céréales. Plus généralement, une division sexuée du travail assignait sans doute aux femmes des tâches domestiques éreintantes. 4. Le néolithique : la naissance de notre monde 4.1 La naissance des inégalités Le néolithique marqua la domination définitive de homme sur la nature. Cette domination organisa également les relations sociales et les relations entre les communautés. Des traces de violences (squelettes portant des traces de coups) et de massacres (fosses communes) sont attestées en Europe à partir de – 6 000 ans avant notre ère. Les villages s’entourèrent progressivement de fortifications pour faire face aux menaces extérieures. A l’intérieur des sociétés, la production de surplus agricoles accaparés par une minorité produisit une domination et une différenciation sociales attestées par les disparités des tombes. Certaines sépultures comportaient parfois une poterie pour accompagner le défunt tandis que d’autres défunts étaient inhumés avec de somptueux objets en cuivre ou en or. Selon Jean-Paul Demoule, puisqu’il n’était plus possible de poursuivre les migrations toujours plus vers l’ouest, la densité de population s’accrut en Europe et les tensions pour la terre s’avivèrent. Peut-être les chefs devinrent-ils nécessaires pour régler les conflits pour le contrôle des terres (ou du moins en profitèrent-ils pour justifier leur domination). En lien avec cette évolution sociale, des pratiques funéraires ostentatoires apparurent sur toute la façade atlantique. Des mégalithes, constitués de chambres funéraires en dalles de pierre parfois lourdes de plusieurs dizaines de tonnes et recouvertes de terre (par exemple le cairn de Barnenez dans le nord-Finistère, le plus grand d’Europe, construit entre – 5 000 et – 4 000 ans avant notre ère), furent érigés deux mille ans avant les grandes pyramides d’Égypte. Ils étaient contemporains des premières cités-États de Mésopotamie. Ces monuments impressionnants servaient à rendre hommage à des morts prestigieux et à manifester leur domination sur le groupe. Ils servaient sans doute également à marquer et à installer la pérennité de l’occupation d’un espace de plus en plus précieux et de plus en plus disputé. Par la suite, des mégalithes plus petits, tels que des allées couvertes, gagnèrent l’intérieur du continent L’alignement « la noce de pierres », au pied du L’allée couverte « Ti ar baodiged » de Mont Saint-Michel de Brasparts (Finistère) Brennilis (Finistère) (coll. part.) Ces inégalités sociales se doublèrent évidemment d’une domination masculine accrue. Les représentations de figures féminines devinrent minoritaires et furent supplantées par des représentations masculines, guerrières et dominatrices. Cette gravure rupestre de la Vallée des Merveilles, datant du tout début de l’âge du bronze, représente peut-être l’orage sous la forme d’un dieu vengeur. Source : http://www.savoirs-alpesmaritimes.fr/Periodes-historiques/Prehistoire/Les-gravures-du-mont-Bego 4.2 La métallurgie et l’entrée définitive dans la violence Vers – 5 000 ans avant notre ère, la métallurgie apparut en Europe centrale puis s’étendit sur le reste du continent. Des fours permettaient de fondre le cuivre et l’or à 1 000° C pour fabriquer surtout des objets de prestige car ces métaux peu rigides ne sont pas d’une grande utilité pratique dans une société agraire. Les archéologues les retrouvent dans certaines sépultures, datées de l’époque où les différences sociales se creusèrent à l’intérieur des sociétés. La maîtrise de la métallurgie caractérise ce que l’on nomme la protohistoire. Vers – 2 500 ans avant notre ère, l’ajout d’étain au cuivre permit de fabriquer des armes en bronze, et notamment des épées, beaucoup plus solides, à l’époque que l’on nomma l’âge du bronze. Tout comme certaines pierres considérées comme particulièrement précieuses, l’étain fut commercialisé dans l’ensemble de l’Europe. Il était notamment extrait dans les îles britanniques et exporté sur une grande partie du continent. Vers – 1 000 ans avant notre ère, il devint possible de fondre le minerai de fer, beaucoup plus abondant dans la nature, mais dont la température de fusion atteint 1 200° C. La métallurgie du fer permit de fabriquer des armes particulièrement redoutables et d’inventer les outils agricoles utilisés dans nos campagnes jusqu’à la mécanisation du XXe siècle. L’Europe entra alors dans ce que l’on nomme l’âge du fer. Ce terme porte un double sens : il se réfère au métal, il caractérise également une époque sinistre où la violence s’accrut fortement. On a ainsi retrouvé dans le nord de l’Allemagne, au bord de la rivière Tollense, les vestiges d’une bataille qui se déroula vers – 1 200 ans avant notre ère, au cours de laquelle plusieurs milliers de combattants s’affrontèrent et laissèrent au moins deux cents morts sur le terrain ainsi qu’une grande quantité de pointes de flèches en silex ou en fer, des couteaux, des fragments d’épées, des haches, des massues… Conclusion : une nécessaire rigueur méthodologique L’étude de la préhistoire ne produit aucune vérité définitive. Nous avons vu que les préhistoriens interrogent les rares vestiges à leur disposition à partir des questionnements qui traversent notre société : la définition d’un.e humain.e, la domination masculine, les migrations et le métissage, etc. Sans nécessairement se contredire, ces interprétations produisent une connaissance certes lacunaire, mais de plus en plus fine du lointain passé humain. Ces interprétations s’appuient surtout sur les progrès considérables des sciences physiques et de la génétique. Même si ces disciplines ne sont pas à la portée de tout le monde, elles nous permettent de comprendre que l’établissement d’un fait scientifique suppose un travail minutieux qui peut remettre en cause des savoirs précédemment constitués. L’évolution de nos connaissances ne découle pas de quelconques complots ni du relativisme, mais de nouvelles découvertes et de l’avancée de la science. Si elle permet de comprendre cela, l’étude de la préhistoire constitue une bonne introduction aux études historiques.

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